Royaume d’Aksoum Partie 1

Deuxième royaume chrétien au monde (le royaume d’Arménie étant le premier), fondé dans les Hauts plateaux du nord de l’Ethiopie aux alentours du premier siècle de notre ère, le royaume d’Aksoum (ou Axoum) compte parmi les plus puissants de l’Histoire.

La prééminence d’Aksoum s’est illustrée par sa puissance commerciale ; supervisant le plus grand marché d’Afrique du nord-est et ses routes intérieures, ses flottes contrôlaient le commerce de la mer Rouge via le port d’Adulis.

La contribution du royaume dans les domaines de l’architecture et la céramique est à la fois singulière et impressionnante. La sophistication des Aksoumites a été mise en valeur par l’écriture de leur langue le Guèze (Ge’ez, langue chamito-sémitique) ; permettant ainsi un témoignage écrit, une documentation intrinsèque de la vie politique du royaume. Cet apport est assurément inédit dans l’Histoire de l’Afrique, en considérant que seuls les royaumes d’Egypte et de Koush sont réputés pour avoir développé un tel héritage.

En outre, Aksoum produit ses propres pièces de monnaie, dont les caractéristiques les plus notables sont les incrustations d’or dans les pièces d’argent et de bronze. C’est l’existence même de cette monnaie qui démontre également la prépondérance économique et politique de l’Empire.

Tout comme de nombreux royaumes africains, l’origine du royaume d’Aksoum repose sur un mythe fondateur.

Pour les Éthiopiens, la ville d’Aksoum est considérée comme l’ancienne résidence et capitale de la reine de Saba, la deuxième Jérusalem, et le lieu de repos de l’Arche d’Alliance.

Selon la légende rapportée par le Kebraa Nagast (« la Gloire des Rois » livre sacré Éthiopien écrit de 1314 à 1322, relate en guèze des chroniques royales, des récits bibliques, talmudiques et coraniques), Menelik, premier empereur d’Ethiopie, serait le fils du roi Salomon d’Israël et la reine de Saba. Il aurait été conçu lors de la célèbre visite de la reine à Jérusalem, et aurait ramené à Aksoum l’Arche d’Alliance, qui reposerait de nos jours dans l’église Sainte-Marie-De-Sion.

Dans le récit épique ; bien qu’aucune information n’apparaisse concernant les anciens rois Aksoumites qui ont bâti les stèles et obélisques encore présents de nos jours dans la ville, les populations locales ont attribué la construction de ces monuments à l’empereur Menelik ou à la reine de Saba.

Comme énoncé précédemment, certains détails sur l’histoire politique et militaire d’Aksoum ont été documentés par les Aksoumites eux-mêmes, mais également par des géographes, universitaires, marchands, ecclésiastiques grecs et romains.

L’origine étymologique de l’Ethiopie est le mot grec Aitiops (Αἰθίοψ), signifiant « au visage brûlé » et désignait les peuples au sud de la frontière égyptienne. Les Arabes quant à eux utilisaient le terme « al-Habasha » pour désigner les Bedja, Nubiens, ainsi que les Abyssins, ou plus spécifiquement en référence au royaume de Koush. En outre, à la chute du royaume de Koush, les souverains d’Aksoum et de Nubie s’approprièrent le nom d’Ethiopie pour désigner leurs propres pays.

Ainsi, les mentions de Koush dans la Bible ont été attribuées à « l’Ethiopie » Aksoumite, plutôt qu’à « l’Ethiopie » Méroïtique, par des chrétiens déterminés à conférer à leur pays une longue et éminente tradition, à commencer par Koush, petit-fils de Noé.

Afin de relater l’historique avéré du royaume d’Aksoum, il nous faut au préalable retracer la période pré-aksoumite.

De toute évidence, un certain nombre de contacts avec l’Arabie du sud sont très apparents et ont abouti à l’adoption de divers traits culturels ; toujours est-il que, les influences sabéennes ne constituent pas le début de la civilisation éthiopienne.

Naturellement, et cela depuis très longtemps, différents peuples interagissaient à travers les migrations, la guerre, le commerce, et les mariages mixtes en Ethiopie. Il existe cependant une prédominance des peuples locuteurs des langues chamito-sémitiques (aussi appelées afro-asiatiques), dont les principales branches étaient couchitiques et sémitiques.

Aux alentours de l’an 2000 avant JC, les peuples Agew (ou Agaw/ Agaou/ Agau), parlant des langues couchitiques (donc apparentées aux langues sémitiques), auraient migré du sud-est de l’Erythrée vers le nord de l’Éthiopie.

Ces derniers apportèrent leur langue « proto-éthiopienne », ancêtre du guèze et des autres langues sémitiques éthiopiennes. Les Agew, ainsi que d’autres ethnies couchitiques, avaient déjà développé des identités culturelles et linguistiques préalablement aux influences sabéennes. On peut prendre l’exemple des techniques agricoles, ou encore des inscriptions trouvées sur des monuments de l’est érythréen.

Divers sites d’art rupestre en Érythrée et dans le Tigré témoignent également de l’ancienneté de ces civilisations éthiopiennes. Des archéologues mettent en exergue des types de céramique qui ne semblent pas provenir de l’Arabie du sud mais qui auraient plutôt des liens avec le Soudan (influences du royaume de Méroé et de la Nubie).

La présence de Sabéens en Éthiopie aux alentours de l’an 500 avant JC ne conclut pas à la prédominance de ces derniers, il ne s’agissait pas d’une colonisation.

Centrée sur les Hauts plateaux du Tigré, la société pré-aksoumite formait une monarchie appelée D’MT (Damot).

Lorsque les Sabéens retourneront au Yémen vers les IVe et IIIe siècles avant JC, ils laissèrent en héritage des éléments de leur civilisation et des traditions solidement ancrées dans le mode de vie éthiopien.

La période de transition entre les royaumes de D’MT et d’Aksoum au début de l’ère chrétienne est qualifiée d’« âge sombre ».

Aux environs de l’an 100, le peuple Habash/Habesha (Abyssins) a établi sa capitale à Aksoum et contrôle les régions montagneuses et côtières du nord de l’Ethiopie.

Grâce à leur supériorité militaire et l’accès aux ressources de l’hinterland, ils étendent leur hégémonie dans la région et développent leur civilisation sur un territoire couvrant la province du Tigré et l’Erythrée au nord, d’où ils ont accès à la côte de la mer Rouge, particulièrement au port d’Adulis.

À l’instar d’autres Empires, commence ainsi une politique d’expansion qui mènera à la conquête des nations voisines. À son apogée ; du IIIe au Vie siècle, la confédération Aksoumite s’étend sur l’Ethiopie, l’Erythrée, le Djibouti, la Somalie, le Yémen, l’est du Soudan, le sud de l’Egypte, la côte ouest de l’Arabie Saoudite, et maintient sa capitale à Aksoum.

Le titre royal de « negusa nagast » Negusse Negest, Roi des Rois, sera désormais la qualification honorifique de l’empereur.

C’est sous le règne du roi Endubis dans la seconde moitié du IIIe siècle, que le royaume d’Aksoum développa sa propre monnaie, des pièces de monnaie émises en or, argent et bronze.

La question d’une monnaie indépendante basée sur l’or était une décision qui annonçait que l’État se considérait sur un pied d’égalité avec ses grands voisins, du moins en ce qui concerne la souveraineté. Il a en outre permis aux rois d’utiliser un puissant instrument de propagande, de simplifier le commerce, sans oublier, que c’était rentable.

Ezana le plus illustre des rois aksoumites qui régna de 320 à 350, va jouer un rôle fondamental dans l’Histoire du royaume.

Sa contribution la plus importante fut l’adoption officielle du Christianisme comme religion d’État aux alentours de 333, cette institutionnalisation fut marquée par un fait précurseur, l’inscription de l’image de la Croix sur les pièces de monnaie.

Face aux menaces constantes sur son empire commercial, Ezana a mené son armée dans une série d’expéditions punitives ; parmi ces campagnes réussies, la plus glorieuse demeure l’invasion de Méroé la capitale du royaume de Koush.

Au fur et à mesure que le royaume prospérait ; les monuments et sites archéologiques attestent du développement de centres urbains, d’un commerce intérieur et d’outre-mer vigoureux.

Dans les villes du royaume, un élément architectural, le manque de mur, semble conforter dans l’idée d’une relative paix interne, bien que selon certains récits, il soit fait mention de révoltes au sein des tribus subordonnées.

Le potentiel d’exploitation agricole de la région est renforcé par l’utilisation de techniques d’irrigation, de stockage d’eau ou de terrassement, a permis à ces communautés urbaines de se développer à une taille considérable.

La prospérité générale et la réputation du royaume ont conduit le chef religieux persan Mani, à étiqueter Aksoum comme étant la troisième puissance mondiale à la fin du IIIe siècle ; et on peut attribuer cette réputation en partie à la production d’une monnaie indépendante à cette époque.

Mani a fait le parallèle avec les États contemporains possédant la richesse et le statut politique d’émettre des pièces d’or ; Rome, la Perse (à un degré moindre), et au cours du troisième siècle, le royaume Kushana dans le nord de l’Inde.

Il n’existe que très peu d’informations concernant le Ve siècle d’Aksoum ; cependant, au VIe siècle, le roi Kaleb poursuit les prétentions conquérantes de ses prédécesseurs.

Aux alentours de 520, le roi Kaleb entreprit une invasion du Yémen (royaume d’Himyar) au motif qu’il voulait mettre un terme à la persécution dont étaient victimes les Chrétiens, persécutions orchestrées par le souverain Juif Yusuf Asar.

La conquête victorieuse permit au roi Kaleb de nommer un nouveau souverain : Abraha. Le suzerain disposait d’un statut de vassal déguisé par le titre de vice-roi d’Himyar. Les successeurs d’Abraha gouvernèrent de façon tyrannique, ce qui ne manqua pas d’attiser la convoitise de princes du royaume. C’est ainsi que Ma’di Karib, s’allia à l’empereur Khosro pour renverser le vice-roi Masruq, déclenchant alors une guerre entre Aksoum et la Perse.

La Perse ayant remporté la guerre, le Yémen devint tributaire de cet empire. Aksoum ne semble plus en mesure de maintenir ses conquêtes à l’étranger.  

Néanmoins, dans la première moitié du VIIe siècle, le royaume devient une terre d’accueil pour les premiers musulmans, les disciples du prophète Mahomet, qui étaient alors persécutés. Cette situation sera transitoire face à la consolidation d’une puissance impériale musulmane à travers la mer Rouge.

La politique expansionniste de l’empereur perse Khosro II (conquête de la Syrie et de l’Égypte), et les invasions arabes, ont affaibli militairement et commercialement le royaume qui se replia sur l’hinterland.

L’Éthiopie chrétienne conserva le contrôle des hauts plateaux, mais a été contrainte de se détourner des côtes et de déplacer sa capitale.

Il semblerait donc que la ville d’Aksoum ait probablement duré en tant que centre du royaume du premier au septième siècle après JC. La richesse qu’elle a tirée de son contrôle des hautes terres et ses échanges avec l’empire romain, l’a maintenu jusqu’à la fin du sixième siècle ; mais après cette première conquête Perse puis Arabe plus tard, le rétablissement des routes commerciales de la mer Rouge a été perturbé. L’ancienne capitale du royaume ayant perdu ses avantages ; l’hinterland ne pouvant plus subvenir aux besoins d’une population devenue trop dense (culture intensive entraînant érosion des sols), Aksoum s’est progressivement réduite au statut de petite ville.

Les seuls monuments rappelant son passé glorieux sont la cathédrale Sainte-Marie-De-Sion, les stèles et des légendes locales.

Une des histoires relatant le déclin d’Aksoum est celle de la reine Juive venue du sud-ouest, appelée Gudit, Judith, Yodit ; cette dernière aurait envahi le royaume aux alentours de 960. Selon le mythe, elle aurait détrôné le souverain, saccagé les monuments et lieux de culte, pillé la ville à grande échelle. Des historiens Arabes corroborent certains récits de la légende ; c’est ainsi que l’un d’entre eux, Ibn Hawqal, affirma qu’à la fin du Xe siècle, une reine étrangère a pu prendre le contrôle du pays, tuant finalement le roi.

Bien que l’origine de cette reine soit obscure, il est possible qu’elle ait été la chef d’un des royaumes païens au sud, elle serait Sidama, une ethnie couchitique.

Le royaume diminué recula vers le sud, où le pouvoir passa progressivement au peuple local, les Agew. Leur nouvel État chrétien, appelé la dynastie Zagwe, a régné aux XIIe et XIIIe siècles avant de céder la place à la dynastie Salomonide qui se revendiquait comme étant la descendance du roi Salomon et de la reine de Saba. Cette affiliation de lignage deviendra la fondation de la monarchie éthiopienne jusqu’à sa fin en 1974.

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