Le destin fulgurant d’un des royaumes les plus notables d’Afrique australe fut impulsé par l’illustre Shaka Zulu. Ce dernier sut former une redoutable armée et réussit à unifier les clans de l’actuel Zululand (province du KwaZulu Natal en Afrique du Sud) en une puissante nation.


Source : Blazon Magazine
Le peuple Zulu (Ama Zulu : les gens du ciel), appartient au groupe ethnique des Bantous méridionaux appelés Ngunis. Les Ngunis comme une grande partie des peuples Bantous, commencèrent leur migration de la Vallée du Grand Rift (berceau de la lignée humaine) vers le centre et le sud de l’Afrique il y a plus de mille ans. Du sud du Zambèze, ils s’installèrent dans la région de la province du KwaZulu-Natal aux alentours du XVe siècle, d’où ils expulsèrent le peuple San, natif du pays.

Source : en-quete-d-ethiopie.com

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Le groupe ethnique Nguni rassemble quatre principaux peuples : les Zulus, les Xhosas, les Swazis et les Ndebeles.
Vers la deuxième moitié du XVIIIe siècle ; un chef de clan Nguni nommé Senzangakona, marié à deux épouses, entretenait une liaison avec une certaine Nandi, fille du chef d’un clan voisin Elangeni (Mhlongo). C’est de cette liaison que naquit un garçon, Shaka KaSenzangakona.
Enorgueilli par l’arrivée du premier héritier mâle, mais essentiellement parce que les relations hors mariage étaient proscrites, Senzangakona se décida à épouser Nandi en 1787.

Nandi Queen of Zululand by HM Rahsaan Fort II
Voyant d’un très mauvais œil l’accession de leur rivale Nandi au rang de reine-mère, les premières co-épouses de Senzangakona s’allièrent aux conseillers de ce dernier, afin qu’il la répudie.
Le couple se sépara lorsque Shaka avait six ans, craignant pour sa survie, Nandi s’exila dans son clan paternel. Shaka y passa une partie de son enfance sous les railleries, traité d’enfant « bâtard », il fut témoin du mépris du peuple envers sa mère.
De nouveau chassés en 1802, Nandi et Shaka trouvèrent refuge chez la tante de Nandi, dans le clan maternel cette fois-ci. Ce fameux clan était celui des Mthethwa, dirigé par Dingiswayo, qui prit Shaka sous aile. C’est à cette époque que Shaka se fit remarquer par son athlétisme, sa rigueur, sa discipline et sa férocité. Il rejoint l’armée des Mthethwa et devint l’un des guerriers les plus craints.
Pendant ce temps, les épouses de Senzangakona lui donnèrent des héritiers mâles, dénommés respectivement Sigujana, Dingane et Mpande. En dépit de cela, lorsqu’il décéda en 1816, Shaka fut encouragé par son mentor à faire valoir ses droits de successeur au trône.

S’ensuivit une expédition punitive de Shaka et son armée, il envahit le clan de son père, qui à cette époque était l’un des plus petits parmi les 800 chefferies Ngunis, il assassina son frère Sigujana et se proclama chef du clan. Il baptisa le clan en se basant sur la tradition orale de leur lignage.
En 1818, Dingiswayo est tué au combat face au puissant clan Ndwandwe. Le royaume Mthethwa couvrant un territoire large et avantageux, il est donc évident pour le conquérant qu’est Shaka de se l’approprier.
C’est ainsi qu’il entame une vendetta contre les Ndwandwe. Victorieux, il prit la tête de cet État, annexant également d’autres contrées voisines. Profitant de sa prééminence militaire, il s’empara du trône Mthethwa en exécutant l’héritier légitime de Dingiswayo.
Shaka révolutionna l’art de la guerre en Afrique.
Shaka a immédiatement réorganisé l’armée. Il a changé la façon dont ils combattaient en leur donnant des lances courtes appelées sagaies, à la place des longues lances communes. Cela amenait les soldats Zulus à combattre de près. Il a également divisé son armée en quatre infanteries (collectivement connu sous le nom d’impi) et a créé une tactique pour encercler l’ennemi.

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Shaka était aussi féroce dans son clan qu’avec ses ennemis, récompensant les plus loyaux, tuant tous ceux qui ne partageaient pas sa vision.
Le règne despotique de Shaka a conduit à une période connue sous le nom de Mfecane. Alors que les survivants de ses attaques s’enfuyaient, ils ont attaqué d’autres clans sur leur chemin. Ce processus a détruit une grande partie des communautés d’Afrique australe.
En 1823, la région est une ruine, des villages fumants et désertés par des peuples terrifiés, menant l’exode jusqu’à la colonie du Cap.
L’efficience de l’appareil militaire de Shaka lui a permis de rassembler un large nombre de chefferies en une entité, et à incorporer les troupes défaites dans l’armée Zulu.

Bien que certains clans réussissent à rejoindre d’autres territoires, l’expansion Zulu a abouti à l’intégration forcée de 300 chefferies anciennement indépendantes, au royaume Zulu.
L’équilibre précaire du régime autoritaire de Shaka, marqué par une dépendance continue à l’égard d’une pluralité de chefs et épuisé par la terreur et la violence tant au pays qu’à l’étranger, ne pouvait finalement être maintenu.
Le système de terreur s’accentua au décès de la mère de Shaka en 1827. Les sujets qui ne montraient pas suffisamment de chagrin furent massacrés, et Shaka proclama que les rapports sexuels entre ses sujets étaient interdits, qu’aucune vache ne devait être traitée et qu’aucune récolte ne devait être plantée pendant un an.
Le régime de destruction et de sacrifice a finalement affecté la loyauté du peuple envers Shaka et a provoqué une mutinerie. En 1828, trois conspirateurs, dont deux frères de Shaka, l’ont poignardé à mort. Dingane, l’un des assassins et frère de Shaka, a assassiné ses compagnons conspirateurs et est devenu le nouveau roi des Zulus.
À la mort de Shaka, l’Empire Zulu est un royaume centralisé, un sentiment national émerge.
Alors que Dingane avait initialement promis de rétablir la paix et le bonheur dans le pays, le système de terreur a été rapidement restauré. La mort de Shaka a provoqué un affaiblissement de l’ordre politique central, de sorte que différents clans unifiés sous son règne ont maintenant cherché à se soustraire à l’autorité zulu. Pour garder le royaume uni, Dingane ne vit d’autre moyen que de recourir aux méthodes de violence instituées sous le règne de Shaka.
Le retour de la terreur a rendu les relations avec les voisins Européens de plus en plus conflictuelles. Sous le régime de Shaka, les colons britanniques et boers de la région n’interféraient pas avec la gouvernance Zulu. En grande partie parce qu’ils ne pouvaient pas résister à la puissance militaire de l’armée de Shaka.
Néanmoins, au fur et à mesure que la colonisation européenne se renforçait et que les avantages économiques du commerce avec les Zulus diminuaient, l’autonomie du royaume était menacée.
C’est dans ce contexte que le frère de Dingane, Mpande, s’allia militairement aux Européens afin de commettre un coup d’État. Dingane réussit à s’exiler au Swaziland, mais en 1840, il est assassiné par des mercenaires envoyés par Mpande.
Le règne de Mpande était « pacifique » en comparaison des régimes de ses prédécesseurs.
Toutefois, les chefs qui étaient officiellement encore considérés comme les agents loyaux du roi, commencèrent à s’arroger plus d’autonomie et de pouvoir.
Mpande mourut en 1872, après un règne de plus de 30 ans, son fils Cetshwayo lui succéda au trône.
- Déclin et protectorat : règne de Cetshwayo
Le règne de Cetshwayo fut de courte durée. Les chefs Zulus ont commencé à poser des limites à l’autorité du roi, et Cetshwayo ne pouvait pas prendre des décisions d’importance nationale sans leur agrément. Les pressions coloniales sur l’État zulu se sont également renforcées.
En conséquence ; en 1873, Theophilus Shepstone, haut fonctionnaire Britannique (secrétaire aux affaires indigènes de la colonie du Natal), « couronna » Cetshwayo roi des Zulus, non comme pouvait le concevoir le souverain, afin de confirmer son autorité royale, mais au contraire, parce que la souveraineté du roi Zulu était perçue comme incompatible avec la domination coloniale.
À la fin de l’année 1878, dans l’intention de provoquer une guerre avec les Zulus, sir Henry Bartle Frere, Haut-commissaire à l’Afrique du Sud, lança un ultimatum au roi Cetshwayo. Ce dernier devait dissoudre l’armée Zulu et laisser les missionnaires enseigner le peuple entre autres.
Lorsque Cetshwayo ne se conforma pas à ces exigences, cela déclencha la guerre anglo-zulu, qui se solda dans un premier temps en janvier 1879, par une cuisante défaite des Britanniques.
En effet, lors de la bataille d’Isandhlwana l’armée zulu forte de 14 000 guerriers, tue plus de 1300 soldats britanniques en une seule journée. Le déploiement à Isandhlwana a montré le système tactique bien organisé qui a fait le succès du royaume pendant de nombreuses décennies.

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Les troupes anglaises se replièrent pendant quelques mois, avant de lancer une contre-offensive décisive, entrainant la défaite subséquente des Zulus. Le royaume fut occupé, puis annexé.
Cetshwayo a été capturé un mois après sa défaite, puis exilé au Cap.
Les Britanniques ont autorisé 13 roitelets à maintenir des sous-royaumes Zulus.
Lors d’une visite de Cetshwayo en Angleterre en 1882, ce dernier obtint audience auprès de la reine Victoria afin de rétablir son statut royal.
Cela lui fut accordé sous certaines conditions restrictives. Des conflits entre les sous-royaumes, notamment entre les Zulus et les Zibhebhu affaiblirent d’autant plus l’Empire déchu.
Cetshwayo est décédé en 1884, probablement d’un empoisonnement. Trois ans plus tard, le territoire Zulu fut déclaré protectorat britannique, et en 1897 fut intégré à la colonie de Natal.

Afrique australe 1899
Source : classe-internationale.com