
Historic kingdom of Dahomey Historic kingdom of Dahomey, western Africa. Encyclopædia Britannica, Inc.

Le puissant royaume du Dahomey a prospéré de la seconde moitié du XVIIe siècle au XIXe siècle, dans la région qui est aujourd’hui le Bénin méridional.
Le royaume s’est illustré en 300 ans par une monarchie absolue unique en Afrique.
Le roi entouré de sa majestueuse Cour était le pinacle incontesté d’une société stratifiée rigoureusement autour de la noblesse, des roturiers et des esclaves. Il gouvernait grâce à une bureaucratie centralisée, dans laquelle les roturiers occupaient de nombreuses fonctions, étant donné que ces derniers ne représentaient pas une menace à son autorité.
Chaque fonctionnaire masculin sur le terrain avait un homologue féminin à la cour qui surveillait ses activités et conseillait le roi. Les territoires conquis étaient assimilés par des mariages mixtes, des lois uniformes et une tradition commune.
Le royaume du Dahomey (ou Abomey à ses débuts), tout comme de nombreux royaumes africains, repose sur un mythe fondateur. Selon la légende, au début du XVIIe siècle, trois frères se disputaient le royaume d’Allada qui, comme son voisin Whydah (aujourd’hui Ouidah), s’était enrichi sur les côtes Atlantiques. Lorsque l’un des frères pris le contrôle d’Allada, les deux autres fuirent. L’un est allé au sud-est et a fondé Porto-Novo, sur la côte à l’est de Whydah. L’autre, Do-Aklin, est allé vers le nord pour fonder le royaume d’Abomey, noyau du futur Dahomey.
Dans le récit issu de la tradition orale, il y avait un prince Fon nommé Agassu établi dans la ville de Tado (ville à la frontière Bénin-Togo) ; ce dernier essayait de devenir roi, mais en vain, il perdit la lutte et redirigea ses ambitions conquérantes sur la ville d’Allada à la place. Vers 1600, trois princes de la lignée d’Agassu s’affrontèrent pour déterminer qui serait le dirigeant d’Allada.
Il fut décidé que les deux princes déchus quitteraient la ville et trouveraient de nouveaux royaumes. C’est ainsi que le prince Teagbanlin alla vers le sud-est et fonda la ville qui deviendrait Porto-Novo, et le prince Do-Aklin s’exila vers le plateau d’Abomey au nord.
Le fils de Do-Aklin, le prince Dakodonu obtint la permission des chefs Gedevi (peuple natif d’Abomey) de s’installer dans la région. Cependant, lorsque Dakodonu réclama des terres supplémentaires à un chef éminent nommé Dan, les relations entre les deux protagonistes devinrent hostiles. Le chef aurait répondu à Dakodonu avec sarcasme : « Devrais-je ouvrir mon ventre et vous y construire une maison ? ». Dakodonu n’acceptant pas un tel affront aurait tué Dan sur place, et aurait ordonné que son nouveau palais soit construit à l’endroit même où il éventra son adversaire, de cet évènement dériverait le nom du royaume.
Historiquement, la légende ne diffère pas excessivement des faits. Au début du XVIIe siècle, un groupe d’Adja (ethnie du sud-ouest du Bénin), fuit le royaume d’Allada pour rejoindre le nord, afin d’échapper aux razzias des esclavagistes européens, ces derniers ayant installé des comptoirs sur les côtes. Ils trouvèrent refuge dans les plaines d’Abomey parmi le peuple Fon et diverses autres ethnies locales.
C’est sous le règne de son troisième roi Houegbadja (1645-1685), que le royaume se militarisa et commença son expansion. Les raisons de cette politique d’expansion seraient un manque de ressources et d’accès aux principales routes commerciales de la région, le plateau étant très défavorisé par rapport aux royaumes environnants. À l’est du plateau d’Abomey, l’Empire Oyo (dans l’actuel Nigeria) était à l’apogée de son règne et exerçait une certaine hégémonie sur les peuples de la région. Au sud, il y avait les royaumes de premier plan, Allada et Whydah, qui avaient le pouvoir le long de la côte atlantique.

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Le royaume du Dahomey, solidement organisé autour de son roi Houegbadja, entreprend de contrôler les clans environnants à partir de la forteresse d’Agbomé (royaume d’Abomey). Houegbadja fit d’Abomey un État puissant puis, Akaba (1685-1708) et Agadja (1708-1740) lui succédèrent. Désireux d’avoir accès aux routes commerciales menant aux côtes du Golfe de Guinée, Le roi Agadja réalisa l’expansion la plus significative de l’empire.
En 1720, le roi Agadja répudia l’allégeance du Dahomey au royaume d’Allada et commença à intensifier son activité militaire dans toute la région. En 1724, Agadja offrit les services de son armée au royaume d’Allada qui vivait une lutte de succession. Cependant, cette aide déguisée était une stratégie afin que les soldats dahoméens infiltrent les forces armées d’Allada et prennent d’assaut le royaume côtier, déplaçant la capitale d’Abomey à Allada. Ce fut sous le règne d’Agadja qu’une infanterie féminine fut intégrée à l’armée, les Européens les appelaient « Amazones » en référence aux femmes guerrières de la mythologie grecque. À l’origine, c’était le roi Houegbadja qui avait créé le contingent qui deviendrait dans le futur, les « Amazones » du Dahomey. En effet, il forma une armée de femmes soldat constituée par des chasseresses d’éléphants (les Gbeto). Néanmoins, ce sera sous le règne d’Agadja que leur infanterie participera à la première grande victoire Dahoméenne.
En 1727, Agadja lança une expédition conquérante de la ville de Whydah et devint ainsi la puissance dominante sur une grande partie de la côte. Les « Amazones » appelées « Minon » (mères en Fon) prirent part à cette conquête victorieuse et devinrent le fer de lance de l’armée. Les royaumes d’Allada et de Whydah sont intégrés en tant que provinces du royaume de Dahomey.
En 1729, Agadja entama une guerre avec son rival le plus influent, l’Empire Oyo (situé dans le Nigéria actuel, nous allons l’étudier ultérieurement), avec un certain nombre de raids transfrontaliers. Pendant ce conflit armé, la famille royale de Whydah saisit l’opportunité pour reprendre le trône en forçant Agadja à se retrouver sur deux fronts à la fois.
En 1730 l’armée Dahoméenne fut défaite par le royaume d’Oyo ; le roi Agadja conserva la suzeraineté sur Whydah mais devint tributaire d’Oyo.
À la fin du règne d’Agadja, le royaume du Dahomey couvrait une zone importante, en particulier les villes côtières qui jouèrent un rôle néfaste dans la traite des esclaves. En outre, Agadja fut l’initiateur d’une grande partie de l’appareil administratif du royaume et institua la cérémonie clé des douanes annuelles, ou Xwetanu en Fon.
À la mort d’Agadja en 1740, l’empire fit face à des litiges de succession et des tensions politiques importantes lorsque l’héritier légitime fut écarté, et le choix du souverain fut porté plutôt sur Tegbessou (1740-1774).
Tegbessou ramena la capitale à Abomey mais dut gérer un certain nombre de factions différentes parmi les membres puissants du royaume et garder fidèles les territoires conquis.
Le royaume du Dahomey prospéra et acquit de nouvelles provinces sous les rois Tegbessou (1740-1774), Kpengla (1774-1789) et Agonglo (1789-1797).
En 1818, le roi Ghezo (1818-1858) accéda au trône en remplaçant de force son frère aîné Adandozan (1797-1818). Son accession au pouvoir fut possible par l’assistance financière et militaire de Francisco Félix de Sousa, un éminent marchand d’esclaves brésilien situé à Whydah. En conséquence, Ghezo nomma de Sousa « chacha » ou vice-roi du commerce à Whydah.
En 1823, Ghezo mit un terme au statut de tributaire du Dahomey vis-à-vis du royaume Oyo, en menant son armée contra ce dernier, ressortant victorieux cette fois-ci.
Ghezo rehaussa la splendeur de la Cour, encourageant les arts et peaufinant la bureaucratie. Vers les années 1840, avec la fin de la traite transatlantique, le royaume se tourna vers les exportations d’huile de palme ; les prisonniers de guerre ne pouvant plus être vendus en tant qu’esclaves, furent maintenus au travail dans les plantations de palmiers.
En 1842, le fort français de Whydah fut réoccupé comme base pour le nouveau commerce de l’huile de palme, et en 1851, le gouvernement français négocia un traité commercial avec le roi Ghezo. Toutefois, ce dernier conservait la souveraineté sur le port de Whydah.
Les tentatives d’expansion du Dahomey vers l’est l’opposèrent au puissant État d’Abeokuta (également au Nigéria). Les attaques dahoméennes contre Abeokuta en 1851 et 1864 se soldèrent par des échecs.
Par la suite, les craintes de l’expansion coloniale britannique ont conduit à l’extension de la domination française officielle dans la région. Un protectorat fut brièvement établi sur le royaume de Porto-Novo en 1863-1865 et fut définitivement rétabli en 1882.
Après l’abolition de l’esclavage, les États européens définirent comme objectif la colonisation afin de s’octroyer les richesses africaines.

New York Public Library
C’est dans ce contexte impérialiste que le roi Glegle (1858-1889) succéda à Ghezo.
Des traités visant à assurer la cession du port de Cotonou, entre Ouidah et Porto-Novo à la France, furent également négociés avec les autorités dahoméennes en 1868 et 1878.
Néanmoins, le traité de 1878 fut à l’origine de nombreux conflits. Les parties au contrat en faisaient une interprétation différente ; les Français dans la logique coloniale étendaient leurs prérogatives sur le port de Cotonou (perception des droits de douane, base militaire, monopolisation du carrefour commercial, tandis que pour le roi Dahoméen le caractère sacré et inaliénable de sa terre n’était pas respecté. Glegle ne percevait plus les droits de douane et le comportement de la France fut perçu comme une atteinte à la souveraineté du Dahomey.
Son successeur, Béhanzin (1889-1894) s’insurgea également contre le traité de 1878 et le dénonça. Il menait des raids sur les possessions françaises le long de la côte.


Benhanzin Hossu Bowelle—The King Shark (1841-1906) by Thomas Blackshear II
Le roi Béhanzin, pour avoir résisté face aux revendications françaises à Cotonou, provoqua une première expédition militaire française en 1890. Cette invasion française aboutit à un compromis, Béhanzin se résigna à céder Cotonou.

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La paix fut de courte durée, puisqu’une deuxième expédition militaire française fut menée par le colonel Alfred Dodds en 1892, qui se solda par la prise d’Abomey en novembre 1892 après plusieurs mois de combat. Les Amazones du Dahomey furent remarquables pendant la guerre.


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Béhanzin fut arrêté le 15 janvier 1894, déporté à la Martinique, puis en Algérie, où il décéda le 10 décembre 1906.

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Les Établissements français du golfe du Bénin, créés en 1883, deviennent la colonie du Dahomey en 1894, rattachée dix ans plus tard à l’Afrique-Occidentale française.
Dodds nomma Agoli-Agbo en tant que nouveau roi du Dahomey, en grande partie parce qu’il était considéré comme la plus malléable des candidats.

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Les Français transformèrent des aspects clés de l’administration et de la politique dans le Royaume. En 1899, ils instituèrent une nouvelle taxe de vote qui fut très impopulaire et Agoli-Agbo exprima son opposition, causant ainsi de graves tensions politiques dans le protectorat. En conséquence, le 17 février 1900, les Français déposèrent Agoli-Agbo et mirent fin au Royaume du Dahomey. Ils réunirent de nombreux membres clés du royaume en tant que chefs de cantons. Agoli-Agbo est resté exilé de 1900 à 1910 lorsque l’administration française l’autorisa à retourner dans la région en raison de son rôle-clé dans le culte et les cérémonies des ancêtres Fons. Il ne lui a pas été permis de résider à Abomey ni de voyager librement. Néanmoins, une autorisation exceptionnelle et temporaire lui était accordée par l’administration coloniale afin de se rendre à Abomey pour effectuer la cérémonie des douanes annuelle.