L’héritage culturel du royaume du Dahomey ne profite pas uniquement à l’Afrique de l’ouest, mais également à la diaspora Noire, qui malheureusement dans le contexte de l’esclavage fut déportée de la terre-mère aux Antilles et aux Amériques.
L’une des traditions les plus connues et prestigieuses reste la religion du royaume, le Vodou (Vaudou, Voodoo, Vodun), pratiquée au Bénin, au Togo, au Ghana, au Nigéria, à Cuba, au Brésil, en Haïti et république Dominicaine, à Porto-Rico et en Louisiane aux Etats-Unis.
Le Vodou est issu de la rencontre des peuples Fon, Éwé et Yoruba. En langue fon, vodou signifie « ce qu’on ne peut élucider, la puissance efficace ». Il peut également être traduit par « Dieu, ou esprit ». Le vodou est une force, une énergie qui peut emprunter plusieurs canaux pour s’exprimer.
La religion dahoméenne a été bannie durant la période coloniale, ce qui amena beaucoup d’adeptes à pratiquer leur spiritualité dans des sociétés secrètes afin de continuer la vénération de leurs ancêtres et le culte de leurs puissants dieux. Il fallut attendre 1989 grâce à l’instauration de la démocratie au Bénin, pour que la pratique du Vodou soit libre.
Le Vodou est une religion monothéiste avec de nombreuses traditions. Chaque groupe suit un chemin spirituel différent et vénère un panthéon des esprits légèrement différent. Sous l’une de ses formes principales, ils sont appelés Loa.
La croyance dahoméenne comprenait un être suprême appelé Nana Buluku, un être androgyne qui a engendré Mawu et Lisa, des jumeaux qui à leur tour, créèrent la terre et toutes les formes de vie. En outre, les autres esprits viennent d’eux. Il y a des centaines d’esprits mineurs. On peut prendre l’exemple de la célèbre Mamiwata, c’est la déesse de la mer. Elle aime le grand luxe et ses adeptes sont les plus parées, les plus belles et les plus parfumées.
Mawu et Lisa sont réciproquement les dieux de la lune et du soleil. Mawu, la lune, incarne le principe féminin. Elle est la déesse de la nuit, de la sagesse et de la connaissance. Lisa, le soleil, représente quant à lui le principe masculin. Il contrôle le déroulement des jours, et détient la force et le pouvoir qui soutient le monde.
Il existe un certain nombre de points de similitude entre le catholicisme et le Vodou :
Tous deux croient en un être suprême.
Les Loa ressemblent à des saints chrétiens, en ce sens qu’ils étaient autrefois des gens qui menaient une vie exceptionnelle, et ont généralement un attribut spécial.
Les deux croient en une vie après la mort.
Les deux ont, comme pièce maîtresse de certaines de leurs cérémonies, un sacrifice rituel et une « consommation » de chair et de sang.
Les deux croient en l’existence de mauvais esprits ou démons invisibles.
Les adeptes de Vodou croient que chaque personne a un « met tet » (créole haïtien, maître de la tête) qui correspond au saint patron d’un chrétien.
Le but des rituels est d’entrer en contact avec les esprits, de gagner leur faveur en leur offrant des sacrifices d’animaux et des cadeaux, d’obtenir de l’aide sous forme d’une nourriture plus abondante, d’un niveau de vie plus élevé et d’une meilleure santé. L’homme et le Loa dépendent l’un de l’autre ; les humains fournissent de la nourriture et d’autres matériaux, tandis que les Loa assurent la santé, la protection contre les mauvais esprits et la bonne fortune. Des rituels sont organisés pour célébrer les événements chanceux, pour tenter d’échapper à une course de mauvaise fortune, pour la guérison, à la naissance, pour le mariage et la mort.

Les prêtres vodous peuvent être des hommes (houngan) ou des femmes (mambo). Un temple Vodou est appelé un hounfour. En son centre se trouve un poteau-mitan, un pôle où le Dieu et les esprits communiquent avec le peuple. Un autel sera érigé avec des objets symboliques liés au Loa, etc. Les rituels comprennent certains des éléments suivants :
Un festin avant la cérémonie principale.
Création d’un Vévé, un symbole tracé avec de la farine ou semoule de maïs sur le sol, et qui est un lieu de passage du Loa.
Secouer un hochet et battre des tambours qui ont été nettoyés et purifiés
Chants
Danses par les houngans et / ou mambos et les hounsis (étudiants dans les couvents Vodous). La danse s’intensifie généralement jusqu’à ce qu’un des danseurs (généralement un hounsi) soit possédé par un Loa et tombe. Le danseur possédé se comportera comme le Loa et sera traité avec respect et cérémonie par les autres présents.
Le sacrifice d’animaux. Ils sont généralement tués sans cruauté en tranchant la gorge, le sang est recueilli dans un vaisseau. Le danseur possédé peut boire une partie du sang. On croit alors que la faim des Loas est satisfaite. L’animal est généralement cuit et mangé. Le sacrifice animal est une méthode de consécration de nourriture pour la consommation par les adeptes de Vodou, leurs dieux et leurs ancêtres.

« Vaincre ou mourir » tel était l’adage des « Amazones » du Dahomey, la troupe d’élite du royaume du Dahomey (voir Partie 1).

Les Minon (mères en Fon, nom original des « Amazones »), recrutées par le roi Agadja lors de la conquête des autres royaumes, étaient le fer de lance de l’armée Dahoméenne. Toutefois, ce sera sous le règne du souverain Ghezo, que l’infanterie féminine va réellement se structurer, devenant garde personnelle du roi et farouche défenseur du royaume.
Les Amazones du Dahomey se consacraient au métier de soldat, dès leur plus jeune âge, elles étaient entraînées au combat et au maniement des armes. En outre, un conditionnement psychologique ardu leur permettait d’ignorer toute forme de compassion lors des combats.

Craintes et presque sacralisées, les femmes soldats devaient faire vœu de chasteté, ne pouvant ni se marier, ni enfanter. Néanmoins, la réalité fut plus nuancée, il n’était pas rare que le souverain donne certaines en mariage à ses plus fervents soutiens.
Sous le règne de Glele, puis Béhanzin, les femmes soldats représentaient 30 à 40% des effectifs de l’armée dahoméenne. À la fin du XIXe siècle, l’infanterie féminine était composée de 5 régiments :
- Les chasseresses (Gbeto en langue fon) ;
Véritable escadron d’élite, sélectionnées parmi les plus corpulentes et féroces, elles étaient armées de longues carabines et d’un poignard à lame incurvée.
- Les fusilières (Gulohento) ;
Majoritaires, elles étaient spécialisées dans le combat au corps à corps. Elles disposaient d’un long fusil, ainsi que d’un sabre court.
- Les faucheuses (Nyekplohento) ;
Minoritaires mais redoutables, leur rôle était d’achever les ennemis sur les champs de bataille. Armées de longs rasoirs dont la lame pouvait mesurer jusqu’à 45cm, elles inspiraient la terreur aux adversaires du royaume.
- Les archères (Gohento) ;
Régiment composé des combattantes les plus jeunes et habiles, elles étaient cantonnées au maniement de l’arc, et possédaient en outre un poignard accroché à leur ceinturon. Leur rôle dans l’infanterie déclina au fur et à mesure de la modernisation des techniques de guerre, pour finalement n’intervenir que rarement lors des batailles.
- Les artilleuses (Agbalya) ;
Elles participaient à l’utilisation des pièces d’artillerie de l’armée, des canons qui avaient été vendus au Dahomey par des Européens, ainsi que les fusils courts (espingoles) de gros calibre.

Au sommet de la hiérarchie de la société dahoméenne ; se trouvait la famille royale de tous les descendants des rois, passés et présents.
Ils ont été classés en fonction de leur proximité généalogique avec le roi régnant et jouissaient de nombreux privilèges interdits au Dahoméen ordinaire. En outre, et c’est typique des monarchies despotiques, les princes n’étaient pas autorisés à occuper d’importantes fonctions politiques ou administratives. Cette politique minimisait leurs possibilités de rébellion contre le roi.
Le royaume était divisé en provinces, les provinces étaient divisées en villages. Si la province était d’une ampleur considérable, elle pouvait être scindée en districts.
Les gouverneurs provinciaux étaient des agents royaux : ils étaient chargés de l’ordre public, de la perception des impôts, fournir des quotas militaires, entretenir les routes nationales et régler tous les différends fonciers. Les chefs conquis relevaient du pouvoir judiciaire et du contrôle politique du gouverneur de la province. La peine de mort, cependant, restait une prérogative royale.
Les règles de succession ont également contribué à la stabilité, ainsi que la continuité de la monarchie. La royauté était héréditaire dans la lignée royale, et théoriquement primogène. En pratique, le roi était libre de choisir comme héritier apparent le fils qui a montré la plus grande capacité.
Ce système de succession a renforcé la royauté, les rois étant pleinement instruits dans l’art de gouverner par leurs pères.
La centralisation de l’activité politique impliquait une bureaucratie hautement spécialisée. De toute évidence, le roi n’était pas capable de faire face aux minuties de l’administration lui-même. Les affaires du gouvernement étaient traitées par les ministres et les fonctionnaires. Néanmoins, ces derniers n’étaient pas autorisés à prendre des décisions finales sur des questions majeures sans l’approbation du souverain.

Bibliographie :
Ajayi J. F. Ade et Crowder Michael, History of West Africa, Longman, London 1971
Herskovits, Melville J. (1967). Dahomey: An Ancient West African Kingdom (Volume I et II) édition Evanston, IL: Northwestern University Press
Le Hérissé, Auguste (1911). L’ancien royaume du Dahomey, mœurs, religion, histoire édition Hachette Livre
Garcia, Luc (1988). Le royaume du Dahomé face à la pénétration coloniale (1875-1894) édition Karthala
