Royaume Kongo

C’est au cours du XIIIe siècle de notre ère qu’une population Bantu ; l’éminent peuple Kongo (les Bakongo), parvint à bâtir l’un des plus grands Empires africains.

Il nous est déjà commun d’appréhender la création d’un royaume africain à travers son mythe fondateur, et le royaume Kongo ne fait guère exception en l’espèce.

La légende raconte que l’Histoire du royaume Kongo est la résultante d’une querelle familiale, suivie d’une scission clanique qui entraîna une émigration sur l’une des rives du puissant Nzadi « fleuve » (le fleuve Congo/ Zaïre).

Le héros fondateur et civilisateur, Lukeni, était le fils cadet du souverain d’un petit royaume situé sur la rive nord du fleuve Congo, le royaume du Bungu. À la suite d’un conflit familial, Lukeni et ses partisans quittèrent leur patrie, traversèrent l’autre rive du fleuve afin de fonder un nouveau royaume plus au sud.

Source : cambridge.org

C’est ainsi que fut fondée l’emblématique capitale du royaume, la cité Mbanza Kongo surnommée Mbanza Kongo dia Ntotila “cité du roi”, mais également Mbanza Kongo dia ntete “cité originelle”, ou encore N’kumba Ngudi “le nombril de la mère.”.

L’illustre cité surplombait les plateaux du nord-ouest de l’actuel Angola, elle était juchée au sommet d’un plateau de 570m au-dessus du niveau de la mer.


Source : africanworldheritagesites.org

Le royaume prospère fondé par Lukeni ; qui en outre adopta le titre de Ntinu mini a Lukeni, ou encore Ntinu Wene, s’étendait sur un vaste territoire de 2,5 millions de km2 couvrant l’extrême-sud du Gabon, le sud du Congo Brazzaville, le sud-ouest de la république démocratique du Congo, ainsi que le nord-ouest de l’Angola.

Le royaume Kongo comptait 9 provinces dont les 3 prédominantes acquirent très tôt leur indépendance : Ngoyo, Kakongo, et Loango.

Source : juliensalsa.fr

Toutefois, l’influence du Kongo reste prééminente au-delà des frontières du royaume, l’État reposant sur une stabilité institutionnelle, économique, technologique et monétaire (monnaie du royaume : Nzimbu, les cauris).

La civilisation Kongo était l’une des plus notables et ingénieuses en Afrique et dans le monde en général, et avait déjà atteint son apogée à l’arrivée des colons Portugais.

À l’origine ; les territoires d’Afrique centrale étaient peuplés par des populations Pygmées et Khoïsans, qui ont été soit victime d’extermination ou de domination par les peuples Bantous, soit forcées à l’exil. C’est dans le cadre de leur sédentarisation que les populations Bantoues créèrent de puissants États, dont le royaume Kongo, qui s’inscrit dans la lignée des grands empires.

Lukeni, souverain fondateur, instaure un certain culte du roi salvateur, faisant de son image, celle d’un souverain conquérant, néanmoins administrateur d’une paix interne, et civilisateur de son peuple, il a instruit à ce dernier l’art de la forge, devenant ainsi le roi forgeron, leur offrant les armes pour se défendre.

La grande innovation de la conquête Bakongo est le groupement de multiples petits royaumes en un grand État centralisé et gouverné par un monarque suprême résidant dans une capitale.

Les six provinces principales formant le noyau du royaume étaient le Mpemba (où se trouvait la capitale), le Soyo, le Mbamba, le Nsundi, le Mpangu et le Mbata, toutes, à l’exception d’une partie du Nsundi, situées au sud du fleuve.

La prospérité du royaume reposait sur une économie agricole, minière et artisanale, ainsi que sur un système monétaire stable (basé sur le cauri « nzimbu »), contrôlé par un pouvoir avisé.

La monarchie Kongo était élective, le successeur d’un roi défunt était choisi dans la famille royale par des notables du royaume, sans que la règle de primogéniture ne soit imposée. Parmi les électeurs on pouvait compter les gouverneurs des principales provinces, le Mani Vunda représentant des premiers habitants de la région, issu du clan du grand-prêtre qui aurait soigné le roi fondateur Lukeni, ainsi que d’autres nobles du royaume.

Évidemment comme dans nombreuses monarchies, la succession au trône était un enjeu faisant naître des conflits d’intérêts ; certains prétendants étant favorisés par des factions rivales, s’ensuivaient souvent des luttes armées.

Toutefois, durant tout son règne, le roi est symbole de perfection, dans sa représentation il est à la fois « Dieu » et « Homme », exemplaire sur tous les aspects physiques (force et vitalité) et moraux.

Le roi doit assurer la prospérité, la fécondité et la pluie à son royaume, il est donc responsable des maux touchant le peuple, il est régulateur de la nature.

Le roi apparaissait presque comme un ancêtre vivant, l’incarnation du héros fondateur. À travers sa personne, le peuple se reconnaît en tant que groupe de solidarité parentale ; il contemple en lui l’esprit vivant du héros fondateur, à qui il est étroitement lié par la chaîne continue de ses prédécesseurs. En la personne du roi, vivants et morts sont réunis dans une communauté qui englobe l’ici-bas et l’au-delà.

Sur son trône en ivoire orné de bois ; le souverain Kongo portait un bonnet appelé « Mpu » (également porté par d’autres nobles) qui est une étoffe en raphia, un pendentif en fer « Simba », un chasse-mouches « Nsesa », un bracelet en fer, cuivre ou ivoire au bras gauche « Nlunga », un sceptre de 2m de long sculpté en bois noble « Muwala ». Le tambour (« Ngoma ») sacré était garni de peau de léopard et sorti lorsque le roi allait en guerre. La corbeille des ancêtres « lukobi lu bakulu » était un panier tissé contenant les restes des anciens rois, qui était portée à l’épaule droite par le roi lors de son couronnement.

Source : metmuseum.org textile Kongo
Source : Brooklyn Museum « Mpu »

Source : Brooklyn Museum « lukobi lu bakulu »

Les Bakongo étant les nobles du royaume, ils assirent leur domination sur les autres peuples natifs de la région, nous pouvons prendre l’exemple de l’ethnie Mbundu/Ambundu qui était composée majoritairement d’agriculteurs.

De toute évidence, et cela tout comme le furent d’autres royaumes Bantus, l’État Kongo était doté d’une bureaucratie sophistiquée.

Son corps administratif était composé de gouverneurs de province, de fonctionnaires de la Cour, et des chefs spirituels chargés du cultes des ancêtres. Lorsque l’on développe les strates de la société, sous l’autorité des gouverneurs de provinces (les Mani) on trouve les chefs de village (Nkuluntu), les neveux des nobles qui servent à la Cour, un émissaire du roi auprès des gouverneurs des provinces, ainsi qu’une garde royale. La garde royale du roi Kongo était composée de guerriers d’ethnies étrangères telles que les Batéké par exemple venant du royaume de Tio (ou Anzico).

La propriété foncière était inaliénable dans le royaume, la terre appartenait au royaume, c’est ainsi qu’à la mort d’un citoyen ses biens immobiliers revenaient au roi ou au chef de la localité. En outre, il existait la possibilité de faire des legs de biens mobiliers, néanmoins il faut préalablement l’approbation du roi ou du chef afin que l’hériter puisse jouir de l’usufruit.

Néanmoins ; il nous faut notifier que la notion de richesse dans la société Kongolaise se voulait équitable dans la mesure où ; certes, il existait une différence de ressources économiques entre les nobles et le reste de la population, toutefois, des mécanismes politiques et sociaux étaient mis en place afin de conserver un relatif équilibre entre les individus.

Cette régulation sociale de la société Kongolaise était également appliquée dans la vie économique, concernant les marchés par exemple, les prix des denrées étaient fixes.

Le royaume disposait de sa propre monnaie appelée Nzimbu (les cauris), et servait majoritairement pour les échanges commerciaux avec d’autres Etats de la sous-région.

Les métiers de l’artisanat étant considérés comme des métiers nobles, les activités de forgeron et tisserand étaient pratiquées par les classes sociales privilégiées.

Afin de maintenir sa souveraineté sur l’Empire, le roi des Bakongo avait mis en place un système fiscal par lequel les gouverneurs de province récoltaient les recettes des tributs qui devaient être perçues par l’Etat.

En effet, le peuple payait un tribut aux chefs de villages, ces derniers faisaient parvenir la recette aux gouverneurs de province, qui à leur tour, remettaient au roi lesdites recettes. À chaque étape du processus de perception de l’impôt, chaque protagoniste prélevait un pourcentage de la recette fiscale.

Le royaume Kongo à travers son fondateur Lukeni initia une dynastie de forgeron (bien que les populations natives de la région fissent déjà usage du fer), attestant de l’importance de la métallurgie dans sa civilisation.

En outre, un autre minerai faisait notamment l’objet d’un commerce avec les royaumes environnants (tel que le royaume de Loango) ainsi qu’avec les Européens ; il s’agit du cuivre dont les principales mines se situaient à Mindouli à 100km de Brazzaville au sud du de l’actuelle république du Congo, et à Bembe à 70km au sud de Mbanza-Kongo.

Comme à l’accoutumée, nous traiterons des aspects économiques et socioculturels de la société Kongo dans une seconde partie, néanmoins il nous faut souligner la sophistication aussi bien que la quintessence de la culture des Bakongo.

Grâce à un travail raffiné du raphia, les Bakongo s’habillaient élégamment, portant des pagnes aussi délicats que la soie. De surcroît, les tisserands cousaient également des vêtements en coton, bien que d’utilisation moins régulière.

Afin de se défendre, les Bakongo s’armaient d’arcs et de flèches, de lances, de sagaies, de haches et de couteaux dont les lames et autres pointes en fer étaient empoisonnées.

Concernant le travail de la terre, la houe et une hachette semblable à l’herminette étaient les outils les plus répandus.

Les habitations dans le royaume étaient en matériaux locaux, terre cuite, toiture en chaume ou en feuilles de palmier, l’architecture était fonction de la province, en guise de décoration des nattes teintes et finement tissées pavoisaient un intérieur élémentaire mais confortable.

En 1483, le navigateur Portugais Diogo Cão arriva à l’embouchure du fleuve Congo, annonçant ce qui fut le début d’une longue épopée désastreuse pour les Bakongo.

La première impression des Portugais sur le peuple de la province de Soyo est une anecdote assez originale. En effet, intriguées par les navires accostant leur terre, les populations comparèrent ces derniers aux baleines que l’on voit en mer « amindelle », c’est le dérivé de cette appellation qui donna le nom de « Mundele » pour désigner l’homme Blanc en Kikongo.

D’autre part, lorsque les Portugais débarquèrent à Luanda, les populations les associèrent à des morts-vivants « vumbi » (le « zombi » haïtien).

Sinistrement, la stratégie des Européens était tangiblement similaire dans tous les pays qu’ils envahirent ; établir une mission « diplomatique » afin de pacifier les relations avec les populations natives, « légitimer » la présence sur le territoire par des échanges commerciaux, puis enfin, utiliser la religion à dessein… l’acculturation étant la meilleure ruse pour asservir un peuple.

A cette époque, le Mani Kongo (« Mani » titre honorifique des souverains ainsi que des suzerains du royaume Kongo et Loango) était Nzinga Nkuwu.

Comme exposée précédemment, la stratégie coloniale des Portugais s’amorce dans un premier temps par l’établissement d’une délégation diplomatique, le roi du Portugal faisant des « cadeaux » à son homologue Kongo… Pour ensuite, afin d’accélérer le processus de domination, charger l’aumônier de commencer « l’évangélisation » des Bakongo.

Les premières étapes de l’évangélisation des Bakongo se déroulèrent au Portugal. En effet, des notables furent embarqués afin d’être convertis au Portugal, ils servirent également d’intermédiaire afin de convaincre Nzinga Nkuwu d’accepter des missionnaires, et de convertir son peuple au catholicisme.

Ce fut ainsi que des franciscains accostèrent à Mpinda, le port de la province de Soyo, le 29 mars 1491.

Les ambassadeurs Bakongo revenus d’Europe, jouèrent leur rôle d’influenceurs auprès du roi… vantant les « merveilles » de la civilisation portugaise, et la nécessité de se convertir pour profiter des technologies de cette dernière.

Nzinga Nkuwu reçut le baptême le 3 mai 1491, et adopta le même nom que son homologue Portugais, João Ier (Il se prénomma Ndo Nzao « Dom João »).


Source : The New York Public Library

Les Portugais recommandèrent à Nzinga Nkuwu de détruire les idoles, dans l’effervescence ambiante, le souverain s’exécuta à brûle-pourpoint.

Cette ascendance portugaise fut de courte durée avant que les relations entre le monarque et les missionnaires ne se dégradent.

En dépit du fait que le roi Kongo s’attela à l’évangélisation son peuple, faisant ainsi du royaume Kongo un royaume chrétien, l’adhésion au christianisme par les populations était fortement remise en question. On peut suggérer que ce réveil des consciences est dû à une adoption tronquée du christianisme.

Les Bakongo avaient la conviction que cette nouvelle religion était synonyme de bonne fortune, dans un sens matérialiste, se fourvoyant totalement.

Source : metmuseum.org

La puissance matérielle relative venue d’Europe, s’est imposée auprès du royaume par ses biens manufacturés. Toutefois, les contraintes de la nouvelle spiritualité et l’ascendance européenne commencèrent à agacer fortement la société Kongo. On peut prendre l’exemple de l’interdiction de la polygamie par exemple, incompatible avec le christianisme, principe qui provoqua beaucoup de méfiance dans la population, et même au-delà jusqu’à la Cour royale.

En dépit des résistances traditionnelles, certains Bakongo, et en particulier le fils aîné du roi, Mbemba Nzinga, baptisé Alfonso, demeurèrent des fidèles zélés du christianisme. Cette foi ardente lui valut d’être exilé par son père dans la province de Nsundi.

À la mort de Nzinga Nkuwu dit João Ier en 1506 ; un fils illégitime nommé Mpanzu Nzinga fut élu roi par le conseil des notables. Cette décision, comme on peut l’imaginer provoqua une guerre fratricide entre Mpanzu Nzinga d’une part, soutenu par les traditionnalistes, et d’autre part Alfonso soutenu par les convertis au christianisme.

Les Portugais voyant leurs intérêts à soutenir les partisans chrétiens, apportèrent leur aide à ces derniers, leur permettant de ressortir vainqueurs de l’ultime bataille pendant laquelle périt Mpanzu Nzinga.

Dom Alfonso, nouveau souverain du royaume est surnommé « l’apôtre du Kongo », se servant de sa victoire sur son défunt frère qu’il justifiera par sa foi chrétienne ; tout au long de son règne, il s’évertuera à convertir en masse et évangéliser son peuple.

Dom Alfonso envoya une pléiade de nobles (y compris des membres de sa famille proche) au Portugal afin qu’ils apprennent à lire et écrire en Portugais, mais également en latin, afin de comprendre les textes sacrés.

Concernant l’instruction des populations, elle fut désormais confiée aux missionnaires portugais, et bien sûr sous la contrainte physique la plus stricte.

Le fils aîné de Dom Alfonso, Dom Henrique (Ndo Diki) qui faisait partie des aristocrates envoyés au Portugal, fut ordonné prêtre à Lisbonne en 1520, puis sacré évêque de Mbanza Kongo en 1521. De retour à Mbanza Kongo afin de créer un clergé local, il s’éteignit des suites d’une maladie en 1531.

En dépit du fait que le catholicisme devint la religion officielle du royaume ; les colons portugais de connivence avec la caste dirigeante Kongo, se servirent du christianisme pour assujettir les populations dont la résistance hargneuse subsistait.

L’élite chrétienne fit du christianisme le nouveau symbole de son pouvoir.


Source : metmuseum.org « This brass pendant of St. Anthony of Padua holding the infant Christ is an exceptional example of the casting prowess of Kongo artists. »

Naturellement, à la mort de Dom Alfonso en 1543, le royaume fut plongé dans une guerre de succession opposant le roi choisi par les Portugais, au souverain élu par le Conseil des nobles.

À la suite d’une période anarchique qui durera environ 2 ans, Dom Diogo Ier fut intronisé en 1545.

On assista pendant son règne à une politique de restauration de la souveraineté du royaume Kongo.

Exaspéré par l’ingérence des Jésuites dans la vie traditionnelle des Bakongo, Dom Diogo n’hésita pas à les expulser du royaume, ainsi que d’autres colons européens.

En 1561, lorsque Dom Diogo décéda, une période de troubles ayant perduré presque une décennie s’amorça.

Durant cette décennie funeste, le royaume Kongo dut se défendre non seulement face aux attaques des royaumes frontaliers (Batéké et Jagas), mais également lutter contre les razzias esclavagistes et pillages des colons Portugais.

Ce fut dans ce contexte d’assauts militaires et politiques, que les Portugais imposèrent un roi Dom Alfonso II, qui fut assassiné avec ses partisans par les Bakongo, ces derniers étant lassés de voir leurs us et coutumes constamment torpillés par les colons.

Sous le règne de Dom Alvaro I (1568-1587), les guerriers redoutables Jagas venant de Mbata, saccagèrent le royaume.

Ils commencèrent par détruire Mbanza Kongo et ses églises, contraignant la Cour à l’exil. Il fallut un contingent portugais pour rétablir le roi sur son trône et chasser les Jagas, rendant d’autant plus tributaire le royaume Kongo…

C’est dans cette période trouble que fut consacrée la cathédrale du Saint Sauveur en 1596, peu après la capitale fut renommée São Salvador.

Le XVIIe siècle marqua l’histoire du royaume par son instabilité. En 1636, la province de Soyo profita de l’anarchie ambiante, mais également de ses liens avec les Européens pour proclamer son indépendance, portant le coup de grâce à l’intégrité territoriale du royaume depuis la sécession du Loango, du Kakongo et de l’Angoï.

La position géographique privilégiée du Soyo, lui permit de rivaliser vis-à-vis du royaume Kongo, sa situation maritime fit de l’ancienne province un puissant commercial.

Toutes ces prétentions à l’indépendance ne furent pas accueillies positivement par les colons Portugais, voyant leur ascendance remise en question par les échanges commerciaux entre les Bakongo et d’autres Européens (tels que les Hollandais).

En outre, menacés par l’occupation hollandaise à Luanda, les Portugais installés sur la côte s’allièrent afin de restaurer leur hégémonie sur le royaume Kongo.

Ils projetèrent une intervention militaire dans le but de s’approprier les mines de cuivre du pays.

Débuta ainsi un conflit armé entre les Hollandais et les Portugais pour s’emparer des richesses de l’hinterland kongolais.

Toutes ces guerres affaiblirent d’autant plus un royaume déjà en proie à l’ingérence Européenne et aux dissensions internes.

En 1641 Dom Garcia II fut couronné dans un contexte politique instable. Fin tacticien, il manœuvra entre résistances contre le despotisme portugais et diplomatie avec les Hollandais. Il conclut des accords de conciliation avec les Hollandais, leur rappelant toutefois de ne pas violer l’intégrité territoriale du royaume.

Cette relative pacification des relations entre Dom Garcia II et les hollandais ne perdura pas face aux outrecuidances esclavagistes des Européens.

Un accord de paix fut signé en 1649 entre les Portugais et les Hollandais, suivit par le départ de ces derniers, renforçant la domination portugaise sur la côte.

La résistance de Dom Garcia II fut totalement ébranlée par une nouvelle offensive Portugaise sur le royaume, initiée depuis Luanda. Démuni, Dom Garcia envoya une ambassade à Luanda afin d’exprimer son intention de capituler et ratifia en 1656 un traité le contraignant à céder les régions méridionales du royaume, donc par conséquent les richesses y attenantes.

Les tensions entre Luanda et São Salvador perdurèrent encore une décennie avant la déchéance totale du royaume.

Dom António I, le successeur de Dom Garcia II, fut un ardent défenseur de la restauration de la souveraineté du Kongo. Le 13 juin 1665, à travers une proclamation adressée à la nation fin de l’intimer à prendre les armes, à s’enrôler auprès de ses capitaines, gouverneurs, ducs, comtes, marquis pour défendre les terres et populations contre les colons.

Le 29 octobre 1665, l’armée coloniale et l’armée Kongo s’affrontèrent à proximité d’Ambuíla (à équidistance entre Luanda et São Salvador) ; l’illustre bataille aboutit à la victoire des conquistadores dont l’artillerie était inexorablement supérieure.

Dom António I fut décapité par ses adversaires et sa tête enterrée dans la chapelle de Nossa Senhora da Nazaré à Luanda.

La nouvelle de cet affront provoqua un cataclysme au sein de la société Kongo, tout comme à la Cour royale au Portugal, cette dernière ne s’attendait pas à tant de fougue de la part des conquistadores. Le gouverneur d’Angola fut déposé par le roi de Portugal.

Face à toute l’indignation provoquée, les vainqueurs optèrent pour la stratégie du royaume vassal plutôt que celle de l’occupation frontale.

La Bataille d’Ambuíla annonça la chute définitive du royaume Kongo… Une très grande majorité des nobles incorporés pour la guerre périrent au front.

Les guerres civiles, les luttes de succession fratricides, et l’anarchie profitant à la domination Portugaise, achevèrent la nation, l’État qui fut jadis un pilier de la civilisation Bantu, et Africaine en général. 

Bibliographie :

William Graham Lister Randles, L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2002

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