Incontestablement l’un des plus grands foyers de civilisation du continent africain, l’Empire Mandingue (ou Empire du Mali) domina les savanes de l’Afrique de l’Ouest du XIIIe au XVIe siècle, véritable eldorado tant il regorgeait de richesses incommensurables.

De façon assez inédite, nous disposons de sources écrites relatant l’Histoire de cette région au sud du Sahara, principalement à travers les récits de géographes et voyageurs Arabes. Toutefois, il nous faut souligner le rôle primordial des griots, véritables conservateurs de la tradition orale.
Au commencement, il existait un petit royaume situé dans le sud de l’actuel Mali (non loin de la ville de Bamako), la capitale de cette chefferie du Haut-Niger était le village de Kangaba. Ce berceau originel de l’Empire Mandingue était vassal de « l’État de Ghâna, pays de l’or » (citation de l’astronome arabe Al-Fazari), dont la fortune résultait de sa situation de point d’aboutissement des caravanes qui reliaient l’Afrique du nord aux régions sahéliennes (également appelées Soudan) où arrivait l’or extrait plus au sud.
Entre 640 et 650, avec la conquête Arabo-Islamique de l’Afrique du nord, s’instaura le commerce transsaharien qui consistait à l’échange de marchandises entre le Nord et le Sud du Sahara. Le Soudan avait à offrir de l’or, du cuivre, de l’ivoire, des produits agricoles etcétéra, tandis que les marchands arabo-musulmans échangeaient des produits manufacturés et des chevaux. Les natifs de la région étaient capturés par les marchands arabo-musulmans afin d’être réduits en esclavage.

source : maxicours.com

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Afin de mieux relater l’Histoire de l’Empire Mandingue, il est nécessaire au préalable de brièvement exposer l’Histoire du 1er grand Empire ouest-africain.
L’illustre empire du Ghâna fut fondé vers le IIIe-IVe siècle de notre ère par des populations Sarakolés/ Soninkés. Ces derniers établirent leur capitale à Koumbi-Saleh (sud-est de la Mauritanie), où l’on découvrit l’ensemble de ruines le plus important du Sahel mauritanien, estimant l’agglomération à une population de 15 à 20 000 habitants.

Source : freepng.fr
L’empire était composé de cités-États dont l’urbanisation ne fait plus de doute, il couvrait la région autour du bassin versant du fleuve Sénégal, s’étendant jusqu’à Tombouctou et Djenné.
L’aridité progressive des zones du Sahel et la poussée conquérante des populations arabo-berbères (le mouvement almoravide dynastie musulmane Berbère) sonnèrent le début du déclin de l’État puissamment structuré.
C’est dans ce contexte d’affaiblissement du Ghâna que le royaume animiste du Sosso (fondé par un chef Sarakollé dissident) émergea afin d’imposer son hégémonie politique, s’opposant farouchement aux razzias esclavagistes et nourrissant l’ambition d’assurer la relève de l’empire.
De son côté, plus au sud, le royaume Mandingue (peuple Mandé/ Malinké) de Kangaba commença la première étape de son indépendance, à travers son souverain, le Mansa (titre donné aux rois) Baramendena issu du clan des Keïta ; ce dernier fut converti à l’islam par un Almoravide, en 1050, se rendit en pèlerinage à La Mecque, puis en revint avec le titre de sultan.
Le nouveau statut du Mansa lui permit de tisser des liens commerciaux plus étroits avec les Almoravides, le souverain Mandingue fit de son royaume la principale source de production d’or pour le commerce transsaharien avec sa région du Bouré (situé dans l’actuelle Guinée). Cette nouvelle recomposition régionale asséna un coup fatal à l’économie de l’Empire du Ghâna, dont la région du Bambouk était auparavant le principal pourvoyeur vers l’Afrique du Nord.
En 1077, les Almoravides s’emparèrent de Koumbi-Saleh, pillèrent la ville et exécutèrent les habitants refusant de se convertir à l’Islam, c’est dans ce contexte anarchique que les royaumes tributaires profitèrent pour s’affranchir de la tutelle du Tounka, le souverain du Ghâna.

le Tounka Menin du Ghâna
source : kentakepage.com
Vers 1180, le royaume du Sosso domine le Soudan occidental grâce à son armée très disciplinée ; le roi Soumaoro Kanté (ou Soumangourou Kanté) appartenant à la caste des forgerons orienta son expansion vers le sud et tenta de contrôler les mines d’or du Bouré, provoquant ainsi un conflit avec le royaume Mandé.
Grâce à ses richesses (bénéficiant d’une agriculture prospère et du commerce transsaharien) et à une organisation sociale sophistiquée, la Nation Mandé ressortit vainqueure de cette lutte, annexant le Sosso, portant le coup de grâce ruinant Koumbi-Saleh en 1240.

Source : historyfiles.co.uk
Relatons les évènements de cette épopée héroïque qui aboutit à l’avènement de l’Empire Mandingue.
En 1200, le souverain Mandé Moussa Allakoï s’allia aux Almoravides contre le roi du Sosso Soumaoro Kanté (le royaume Sosso ayant pris la relève du Ghâna). Ce dernier prouva son caractère guerrier avec une armée ardente au combat. L’escadron Sosso s’appuyait sur une infanterie de forgerons bien équipés.
Devant le refus d’abdiquer ou de s’allier des Mandés, Soumaoro ravagea le royaume Mandingue, fit exécuter l’héritier au trône, le successeur de Moussa Allakoï, ainsi qu’une dizaine de ses fils.
Parmi la descendance du souverain Mandé, son successeur Naré Famaghan Konaté, était le père du héros-fondateur de l’empire du Mali : Soundiata Keïta (ou Soundjata/ Maridiata).
Selon la légende, Soundiata, né de l’union entre Naré Famaghan Konaté et sa seconde épouse. Enfant infirme, il ne marchait pas jusqu’à l’âge de 7 ans, âge auquel son handicap disparut, comme l’avait prédit la prophétie. Véritable enfant prodige, il démontrait de grandes capacités de chasseur comme ses aïeux. À la mort de son père, ses proches et lui durent s’exiler afin d’échapper aux persécutions de la première épouse, ainsi que les exactions des troupes Sossos.
Excédé par l’asservissement du royaume et résolut à rendre son indépendance au pays Mandé, le Conseil des anciens envoya des émissaires dans le sahel à la rencontre de Soundiata, afin que ce dernier vienne au secours de son peuple.
Le prince Mandingue n’eut pas de difficultés à former une coalition réunissant différentes ethnies Mandés ; le royaume étant composé de trois provinces (celle de Do dirigé par le clan Condé, celle du Bouré dirigée par les Camara, et celle du Kri, dirigée par les Keita).
On peut alors dire que c’est pour répondre aux attaques répétées du Sosso que le Mandé fit son unification politique.
L’armée Mandingue composée de chasseurs aguerris et d’archers habiles, s’imposa vis-à-vis des fantassins Sossos et soumit les troupes de Soumaoro lors de la bataille de Kirina en 1235 (située entre Bamako et Kangaba).
Soundiata continua sa marche victorieuse et ruina Koumbi Saleh en 1240.
Soundiata prit le titre d’Empereur et entreprit la conquête des principales sources aurifères de la région, s’emparant des royaumes voisins et annexant la deuxième grande mine d’or du Soudan : le Bambouk.
Il installa ensuite sa capitale dans le village de Niani (situé au nord-est de la Guinée à proximité de la frontière actuelle entre le Mali et la Guinée) jetant ainsi les bases d’un puissant État.
Sous le règne de Soundiata, une organisation militaire et administrative solide est mise en place. Il mit un terme à l’esclavage et développa le commerce, l’agriculture, la culture et le tissage du coton.
Secondé par ses généraux Soundiata parvint à conquérir pratiquement tous les pays qui avaient été sous la domination du Ghâna. Un général fut envoyé dans le Jolof (dans l’actuel Sénégal) pour combattre le souverain qui avait arrêté une caravane de commerçants envoyés par Soundiata pour acheter des chevaux. Après avoir fait abdiquer le roi du Jolof, le général poussa les opérations jusque dans la basse Gambie.

Source : martial.berthot.free.fr
Le génie de la gouvernance du Mansa résidait dans une décentralisation de l’Empire, la codification des relations sociales et des coutumes en général, et une cavalerie puissante pour faire régner la « paix mandingue ». L’accession au pouvoir de Soundiata se traduisait par la mise en place de nouvelles provinces, qui avaient chacune à leur tête un représentant du pouvoir central.
La société mandingue était régie de la sorte : le Mansa était assisté d’un grand Conseil et de gouverneurs des provinces de L’empire. La couronne devait rester dans le clan Keïta et la société était répartie en 30 clans : 16 clans d’hommes libres, 4 clans de griots, 5 clans maraboutiques, et 5 clans d’artisans.
Soundiata voulait faire cesser définitivement les divisions entre les Malinké et parvint à établir la paix et la sécurité sur toute l’étendue de son empire. De surcroît, il pourvut à l’intégration des peuples dans cet empire pluriethnique déclarant que ce dernier était la patrie commune à tous les peuples.

Les nombreuses ethnies vivaient donc en harmonie et la sécurité la plus absolue régnait d’un bout à l’autre du royaume.

Avec l’approbation des chefs Mandé, Soundiata élabora une Charte afin de régir les droits et devoirs, ainsi que les libertés des populations. L’empereur respectait les institutions des provinces conquises ; il s’agissait plutôt d’une confédération de royaumes ou de provinces.
À la mort du prince prodige en 1255, son fils le Mansa Oulé lui succéda (contrairement à la règle de succession collatérale qui aurait dû voir le frère de Soundiata prendre la tête de l’empire). Le nouveau souverain continua de perpétuer la tradition du pèlerinage à La Mecque initiée par Baramendena.
En 1285, Sakoura un usurpateur s’empara du trône, il s’agissait d’un esclave affranchi.
Sakoura continua la politique d’expansion de ses prédécesseurs ; tant vers le nord-est, avec la prise de contrôle du delta central du Niger, de Tombouctou et de Gao, que vers l’ouest, avec la soumission du Tekrour jusqu’à l’Atlantique. Sakoura fut finalement assassiné au retour d’un pèlerinage à La Mecque en 1300. Malgré tout et grâce à son habileté il réussit à rétablir l’autorité et à agrandir l’empire.
La dynastie des Keita récupéra le pouvoir. Le Mansa Aboubakari II (intronisé vers 1303) qui était le neveu de Soundiata, fit équiper une armada de navires remplis de vivre et embarqua avec des milliers de guerriers.

Ils s’échouèrent sur les côtes américaines, près de deux siècles avant Christophe Colomb. Comme on ne revit jamais l’aventurier téméraire, son fils Mansa Moussa (Kankan Moussa / Kankou Moussa/ Gongo Moussa) fut intronisé à la tête de l’empire.

source : kentakepage.com
Monarque intelligent et raffiné, il fera rayonner l’empire du Mali au-delà des frontières du continent africain. Néanmoins, et ce sera le paradoxe autour de cette période pour le Mali, le règne du Mansa Moussa marqua à la fois l’apogée et le déclin de l’Empire.
En effet, durant son règne de 1307 à 1332, Mansa Moussa fut un très grand bâtisseur (style soudanais qui influencera tout le Sahara), il fit de son empire une puissance sur la scène internationale, même si a contrario sa prodigalité ruinera la trésorerie publique.
Mansa Moussa se rendit à La Mecque en grand cortège en 1324 (60 000 porteurs, 10 000 sujets et 500 serviteurs), passant par le Caire et soulevant partout sur son passage l’intérêt et la curiosité.

Lors de ce fameux passage au Caire, le monarque mandingue qui transportait des tonnes d’or, distribua tellement d’or aux officiers, fonctionnaires et nobles de la Cour du sultan d’Egypte qu’il fit chuter durablement le cours.
À La Mecque, Mansa Moussa rencontra Ibrahim Es-Sahéli (Abou Ishaq Es-Sahéli) un architecte issu d’une famille Arabe de Grenade, avec qui il développera une forte amitié qui aboutira à l’installation de l’architecte Andalou au Mali.
Il faut noter que ce pèlerinage ne doit pas être considéré comme un simple geste pieux de la part d’un monarque. Il s’agissait d’un acte politique, économique et culturel de grande portée.
À son retour des Lieux saints, le Mansa était accompagné de nombreux savants, juristes et autres lettrés qui concoururent à islamiser l’Empire qui demeurait majoritairement animiste. Sous la directive d’Es-Sahéli, Mansa Moussa construit la grande mosquée de Gao, ainsi que celle de Tombouctou.


Jamais l’empire ne fut aussi étendu, de l’Océan Atlantique à l’Est de la boucle du Niger, et de la zone forestière au sud, aux salines de Teghazza au nord. Il englobait ainsi les actuels Etats du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée Conakry, de la Guinée Bissau, de la Mauritanie et une partie du nord la Côte d’Ivoire.
L’une des conséquences les plus importantes des conquêtes fut l’expansion de la langue Malinké dans tout l’ouest africain.

À la mort du Kankou Mansa en 1332, ses successeurs ne réussirent pas à perpétuer son œuvre. Les souverains qui se succèdent ont peu d’envergure, et l’anarchie s’installe.
La décadence progressive de l’empire s’annonçait inévitable face aux révoltes des marges vassalisées.
De 1332 à 1336, Maghan le fils du Mansa Moussa lui succéda sur le trône, et ne parvint pas à empêcher l’indépendance du royaume Songhaï, ainsi que la première invasion du Mali par le roi Mossi, ce dernier pénétra dans la cité de Tombouctou, la pilla avant de retourner sur ses terres. De 1336 à 1359, ce fut le règne du Mansa Souleymane (l’oncle de Maghan), qui selon le chroniqueur Arabe Ibn Battuta était un souverain juste, fastueux et pacifique. Cependant une mauvaise administration commence à miner l’État pendant les règnes suivants.

Par ailleurs, 1339 l’empire du Mali apparaît dans l’Atlas catalan de Charles V, qui précise que son roi « est le plus noble et le plus riche de toute cette région pour l’abondance de l’or que l’on trouve sur sa terre ».

La question de la succession, qui ne fut jamais résolue au Mali, se posa de nouveau à la mort de Souleymane, et c’est finalement un petit-fils de Kankou Moussa, Mari-Djata II, qui s’empara du trône à l’issue d’une guerre civile aux alentours de 1360.
Mais il est trop tard, le déclin de l’empire est amorcé, progressivement le Mali perd le contrôle du commerce transsaharien.
En 1435 les Touaregs et leur chef Akil s’emparent de Tombouctou.
Sonni Ali Ber (1464-1492), fondateur de l’Empire Songhaï (ou empire de Gao), porta un coup décisif à l’expansionnisme touareg, mais aussi à la puissance du Mali, qui n’était plus depuis longtemps que l’ombre de ce qu’elle avait été, il édifia son empire sur les ruines de ce dernier.

Source : kentakepage.com
La déchéance du Mali, où de ce qu’il en restât, durera encore jusqu’au début du XVIIIe siècle, quand Peuls du Macina et les Bambara de Ségou, lui porteront le coup de grâce. Au siècle suivant plusieurs petits royaumes mandingues se reformeront mais n’égaleront jamais le rayonnement de l’ancien Mali.

source : national geographic
