Royaume Loango

Le prestigieux royaume Loango fut institué par un des fils du héros fondateur et civilisateur Lukeni.

Initialement province du royaume Kongo ; le Loango ainsi que le Ngoyo et Kakongo s’érigèrent en royaumes indépendants, échappant à l’hégémonie de l’Empire avant sa christianisation à la fin du XVe siècle.

Lorsque le royaume Loango s’affranchit au XIVe siècle, la nation pluriethnique se développa en mettant en place un système sociopolitique analogue à celui du royaume Kongo. Le clan Buvandji composé des ethnies Bawoyo et Bavili, réussit grâce à son appartenance à la confrérie des forgerons, à imposer son règne dynastique sur le royaume qui comptait également des ethnies Balumbu, Bavungu, Bapunu, Bavarama, Bayombe, Bakugni…

Après avoir conquis un territoire couvrant le Cabinda, le sud-ouest côtier de la République démocratique du Congo, le sud-ouest du Congo ainsi que les sud-ouest du Gabon ; les guerriers du clan Buvandji instituèrent un Etat structuré et intelligemment administré.

source : Autour du Loango Annie MERLET

L’origine du mot Loango [lwa-ngu] nous rappelle la férocité, la puissance de l’animal totem des Bakongo : le léopard « Ngo », Loango se traduirait dans le sens de « terre du léopard ». L’adoption de ce nom pour le royaume fut à dessein, il représente le symbole d’un peuple édificateur, d’un peuple conquérant.

Bien qu’étant les nouveaux maîtres du bassin Kouilou-Niari, Mbanza-Kongo demeurait la référence culturelle du Loango. En effet, la monarchie Loango s’édifia à partir de l’organisation politique du royaume Kongo.

Ce lien d’ascendance qui unit le royaume Kongo au royaume Loango est matérialisé par le sanctuaire de Bunzi en pays Vungu. Le rôle prééminent du chef spirituel Nthomi Bunzi, prêtre du génie protecteur du royaume (le Bunzi) est symbolisé par son autorité lors de l’intronisation du roi.   

De civilisation matrilinéaire, le trône était transmis d’oncle à neveux, nés d’une des sœurs utérines (si fumu si tcheto) afin de s’assurer de l’authenticité de la filiation.

Le choix du nouveau souverain faisait l’objet d’une décision des chefs de clan royal, consenti par le Chancelier du royaume Mboma si lwangu, et entériné par un Conseil de Nobles (fumu si). En vue de bénéficier de l’approbation des dieux du royaume (Bakisi si), le futur roi désigné devra acheminer un voyage de couronnement de sept ans, aucun monarque ne peut être intronisé avant d’avoir accompli un pèlerinage au Tchibila de Bunzi. Pendant cette période d’interrègne le roi porte le titre de Nganga Mvumba. Ce dernier était choisi à l’intérieur des 3 clans royaux à savoir : Buvandji, Nkata et Kondi. Le roi pressenti devra être aimé du peuple mais également être un homme parfait, capable de procréer endurant et bon, un homme noble.

Avant d’être intronisé, le prétendant au trône devait subir de nombreux rites initiatiques pendant les sept années de pèlerinage et se soumettre vaillamment aux dures épreuves consécutives aux pratiques magico-religieuses que les chefs de clan lui imposeront.

S’il sortait triomphant de ces épreuves il était sacré Maloango (forme abrégée de ManiLoango) de la particule honorifique Mwe/Ma désignant les souverains Loango.

Une fois investi, le roi recevait les insignes ou attributs de son pouvoir : le siège royal richement orné, un couteau de parade, un sceptre Tchimpaba, des couvre chefs divers en peau de léopard (symbole traditionnel du pouvoir) ou en raphia Ngundu, des bracelets au bras gauche et aux pieds N’lungu dont le but sculpté représente une main portant une constellation de sept étoiles, des tambours, des reliquaires, et la cloche à battant interne ou kendo pour prendre la parole.

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Les 27 clans primordiaux se fédéreront donc autour de la dynastie Buvandji dans la désignation des premiers souverains Loango ; dynastie qui réussit à s’imposer fort de sa tradition guerrière et de son appartenance à la confrérie des forgerons.

Boali (Bwali, signifie localité) était le nom donné à la capitale Loango, dont Diosso était le quartier le plus notable (il abritait le Palais Royal).

Le monarque exerçait sur son peuple toutes les fonctions de la vie, à savoir : politique, judiciaire et religieuse. Il incarnait ainsi le pouvoir politique et social du Royaume.

L’organisation institutionnelle de la monarchie faisait preuve de modernité et sophistication. En effet, le royaume décentralisé était non seulement dirigé par un gouvernement central, mais également par des gouvernements de provinces relevant de l’autorité directe du Maloango ainsi que d’un Conseil des chefs de clans.

Véritable État, les fonctions régaliennes étaient assurées par le roi et son gouvernement. Les décrets arrêtés en « Conseil royal » devaient être exécutés par les ministres et les principaux dignitaires du royaume.

Le royaume Loango dont l’organisation institutionnelle peut être comparée à un État fédéral disposait d’une administration centrale et provinciale.

L’administration centrale était composée d’un Conseil d’Etat (ou Conseil royal) et d’un gouvernement.

Le Conseil d’État était le noyau décisionnel du royaume, composé des principaux clans. Il avait un rôle de conseil et d’assistance du souverain dans la prise de décisions importantes, il assurait la régence à la mort du roi, et participait à la désignation du successeur de ce dernier. Le Conseil d’État était présidé par le Mboma si lwangu (Mamboma Tchiloango/ Me M’boma Si Loangu) dont nous expliciterons les fonctions subséquemment.

La constitution du gouvernement royal était la suivante (notons que certains ministres furent nommés uniquement pour certaines missions spécifiques, tandis que d’autres étaient nommés de façon permanente et remplissaient des missions ordonnées par la loi) :

  • Mboma si lwangu (Mamboma Tchiloango/ Me M’boma Si Loangu): du fait de son rôle prééminent en matière politique et judiciaire, on identifiait sa fonction à celle de premier ministre. Il n’était jamais choisi parmi les clans de Diosso), mais plutôt à l’intérieur du royaume en un lieu éloigné des intrigues et rivalités de la capitale, le plus souvent en pays Kugni. Intermédiaire entre le roi (dont le rayon de déplacement est limité par la somme des interdits qui pèsent sur lui) et les fumu si (chefs locaux), ces derniers étant revendicatifs et jaloux des prérogatives que leur octroie leur origine. Il assure l’interrègne entre la mort du souverain et l’élection de son successeur. Il est le pilier des institutions, la pierre angulaire de l’État. La signification du titre de Me M’Boma est double et implique d’une part, l’acquisition par ce personnage du N’Tchiama (arc-en-ciel) dont l’incarnation animale est le python (M’Boma) qui étend sa protection magique sur tout ce qui l’entoure ; et d’autre part la comparaison de la puissance du Chancelier à celle d’un python défenseur du pouvoir (Loango).
  • Le Ngofu : ministre de la Santé
  • Le Ma-vungu, ministre des Affaires étrangères et chef des questions les plus sensibles pour le royaume négocie avec les Européens de passage au palais et propose une attitude à tenir auprès du Conseil royal.
  • Le Ma-Mputu, associé au département du Ma-vungu surtout en ce qui concerne l’importation et l’exportation vers l’Europe. Il surveille les bateaux qui accostent, prélève les taxes sur les biens, achète les plus utiles au royaume (surtout les armes, la poudre de chasse, des tissus) etc… Il parle généralement une ou plusieurs langues européennes (Mputu nom donné au Portugal qui par la suite désignera tout l’Occident).
  • Le M’Safi (Ma-Safi / Manibanze ou Mani-Banza) : trésorier particulier du roi ainsi que ministre de l’Économie et des Finances ; il conservait les biens destinés au Maloango et en dressait l’inventaire.
  • Ma-kaka/ Mankhaka : ministre de la Guerre, sur ordre du roi il lève les contingents dans chaque province et les mène au combat. Les armes courantes sont la sagaie, le coutelas et l’arc.
  • Ma-kimbi/ Makimba : ministre des Eaux et Forêts, inspectaient les piroguiers, pêcheurs et chasseurs. Il devait s’assurer de la préservation des réserves naturelles, prélever les taxes auprès des pêcheurs et contrôle l’installation de nouvelles populations dans des localités jadis inhabitées. En outre, il veillait également à la sécurité dans les régions les moins peuplées, aussi bien qu’au respect des lieux sacrés (forêts d’initiation/ cimetières etc.).
  • Ma-fouka (Mafouque) : ministre du Commerce, il était chargé de la police générale des marchés. Il surveillait également les débarquements et embarquements des bateaux européens, procédant au recouvrement des droits que le roi exige des étrangers. De surcroît, il gérait la conclusion des affaires commerciales primordiales. Avec une telle charge, il se fait souvent représenter par des fonctionnaires subalternes. Les décisions du Mafouque impactaient directement la vie des populations du royaume.
  • Me M’Beli (ManiBèle) : le Messager du roi, il possédait un couteau de cuivre (insigne de sa charge), il transmettait les convocations, ces dernières étaient accompagnées d’une bouture d’Hysope (N’kwise/ Nkwisa).
  • Me Tchiyindji (Matchiyendi) : sorte de ministre des Douanes, il traitait avec les commerçants sur les plages, garantissait le respect des tarifs, réglait les litiges et repérait les produits de luxe dont la possession justifiait l’imposition d’une taxe.

Le royaume était non seulement dirigé par un gouvernement central, mais également par des gouvernements de provinces relevant de l’autorité directe du Maloango ainsi que d’un Conseil des chefs de clans.  

Il existait 7 provinces s’étendant du Cabinda au sud du Gabon et qui relevaient de l’autorité directe du Maloango, avec à leur tête un gouverneur, dirigeant son propre gouvernement.

Les 7 provinces étaient représentées par une paume de main qui tient 7 étoiles. À la tête de chaque province était placé un Fumu (également appelé Prince gouverneur car appartenant à la famille royale), nommé par le roi et représentant de son autorité.

Les 7 provinces du royaume : Tchilunga (Tchilungu) dans la région du fleuve Kouilou/ Mampili qui entoure Bwali la capitale et qui se situait entre Diosso et Bas-Kouilou/ Loandjili s’étendait de l’actuelle Pointe-Noire jusqu’au Cabinda/ Nga Kanu ou Loangomongo séparait le Mayombe du Mampili, il s’étendait de l’actuelle route du Sounda jusqu’à Holle et Hinda (Saint Paul)/ Mayombe correspondait à l’actuel Mayombe/ Makagu ou Makangu au nord du Tchilunga et du Mayombe/ ManKugni qui comprenait le pays Kugni, à la limite du royaume de Tio/Anzico (royaume Téké).

Le Fumu, gouverneur de chaque province était assisté d’un corps de dignitaires dont les titres et les fonctions sont identiques à ceux qui entourent le Maloango ; ils étaient chargés en particulier de la collecte des impôts et de rendre la justice au côté du Fumu. Ces dignitaires étaient généralement des anciens, des véritables bibliothèques des différents villages, clans, lignages, familles.

L’influence du Fumu et son autorité étaient tempérées par celles des Fumu Si (Chefs locaux), eux-mêmes étant détenteurs des terres de leurs ancêtres. Par conséquent, les Fumu Si étaient les gardiens de l’homogénéité et la fécondité du clan dont ils assuraient pérennité et prospérité par leur rôle d’intermédiaire et de conciliateur entre les vivants et les morts.

Le Maniloango détenait le pouvoir législatif et judiciaire. En effet, le roi avait non seulement l’initiative des lois ; de même il rendait la justice, il était le juge suprême. Dans les provinces, ses représentants rendaient la justice en son nom.

Lors de la publication d’une nouvelle loi, le roi rassemblait ses ministres et son Conseil Royal pour avis. Une fois ratifiée, la loi devait être publiée dans toutes les provinces, et des hérauts étaient chargés de diffuser ladite loi sur tous les marchés. Néanmoins, les hérauts devaient préventivement discuter avec le gouverneur de province, qui pouvait suggérer quelques aménagements afin de tenir compte des particularités de sa région.

Le Maniloango ayant conscience des prétentions indépendantistes, l’octroi des lois d’exception était rare, dans certains cas, le gouverneur refusant d’appliquer la loi pouvait être destitué, voire accuser de tentatives de rébellion.

Afin de rendre la justice le roi s’appuyait sur la Cour royale dont les juges étaient présumés d’une grande sagesse et d’une habilité à régler le litige avec impartialité.

La loi était connue de la tradition, si bien qu’aucun juge ne pouvait inventer une sanction sans risquer de se faire désavouer. Le peuple tout entier en connaissait les contours, les peines, les contraintes et les avantages. Le meurtre est puni de mort et de confiscation de tout ou partie de ses biens au profit de la famille de la victime, et parfois au profit du roi.

Les juridictions du premier degré rendaient leurs jugements face aux populations, au son du tam-tam (Ngoma), sous un hangar en paillote du village concerné par l’affaire.

Le fameux hangar tenant lieu de tribunal de première instance était appelé le N’ganda lu fundu lu. Dans chaque province, les affaires susceptibles de faire appel étaient portées en deuxième instance devant le représentant du Roi.

À Bwali la capitale, c’était le Mboma si Lwangu qui présidait le tribunal du pays (N’gada si). Toutefois, en cas de pourvoi en cassation, le cas litigieux était porté devant la Cour suprême (N’gada si Loangu), dirigée par le Maloango.

Le principe de graduation des peines chez les Loango était de punir plus sévèrement les délits les plus petits, car l’on disait que ces délits étaient justement ceux dont on pouvait s’abstenir et que si on les commettait, c’était qu’on se moque de la paix dans la communauté.

La procédure judiciaire était similaire quel que soit le niveau de juridiction.

L’audience débutait par un présent du défendeur au juge ; ultérieurement, la personne s’estimant lésée prend la parole, femme comme homme pouvait plaider leur cause sans jamais être interrompu. Lorsque les faits étaient contestés par l’une des parties et qu’il existait des témoins, ces derniers étaient entendus par la Cour. En cas de doute, le roi peut renvoyer l’affaire à une date postérieure afin que la vérité puisse se manifester, pour cela il menait une enquête discrète, employant alors des espions.

Il n’existait ni procureur, ni avocat car on redoutait que les « beaux parleurs faussent la vérité » ; les parties se représentaient donc elles-mêmes, sauf en cas de force majeure telle que la maladie par exemple.

Notons que dans les tribunaux de première instance, certaines pratiques étaient peu propices à la révélation de la vérité. On peut prendre l’exemple du Nkassa, il s’agissait de faire boire une tisane très toxique à une personne afin qu’elle dise la vérité. On estimait que si ladite personne était innocente, elle ne mourrait pas d’intoxication. Cette méthode rappelant l’inquisition se voulait être préalable au jugement. Si le supplicié commençant à montrer les premiers signes d’empoisonnement avouait son délit ou crime, un remède lui était administré. Outre cela, si les gouverneurs et les Fumu Si voulaient appliquer cette méthode d’investigation, ils devaient préalablement en demander l’autorisation au roi.

Il n’existait pas de prison, toutefois ce qui pourrait s’apparenter à la détention préventive était la norme : une personne accusée d’un crime ne peut être relâchée avant la fin du procès, on lui attachait un lourd bout de bois autour du cou afin qu’il ne puisse s’échapper.

À la fin de chaque jugement, le roi était obligé de boire un verre de vin de palme pour signifier que la sentence a été prononcée ; si par jour il jugeait 50 affaires, alors il devait boire 50 verres de vin de palmes.

Généralement, le roi devait veiller à ce que ses sujets soient heureux, il leur devait protection, justice, prospérité commerciale et la paix. Il fixait le prix des denrées ainsi que de l’impôt.

La vallée du Niari-Kouilou étant idéalement située, on comprend aisément l’installation Loango sur ces terres fertiles, abritant une voie de commerce primordiale reliant le royaume de Loango à celui d’Anzico/Tio (Téké) dont le marché principal surplombait le lac Nkuna (Stanley Pool/Pool Malebo, lac entre l’actuelle ville de Brazzaville et celle de Kinshasa). En outre, cette voie de commerce desservait les mines de cuivre de Mindouli et de Mboukou Nsongo (Boko-Songho), objets de toutes les convoitises.

Le commerce de l’ivoire, du cuivre et du raphia, l’agriculture, la pêche, la chasse, l’artisanat étaient les bases de l’économie Loango.

Il existait une véritable monnaie Nzimbu (les cauris), et les carrés de raphia mbongo pouvaient également servir de monnaie.

La pêche et la chasse étaient les activités dévolues aux hommes, tandis que les femmes s’attelaient à cultiver la terre.

Le manioc était l’aliment de base, le « pain du peuple », alors que la banane plantain était un mets raffiné consommé par les nobles. D’autres tubercules (l’igname par exemple), des légumes (les feuilles de manioc/ épinards/ oseille /maïs / piment/ chou/ haricots etc.) et l’arachide étaient également très appréciés.

La culture du tabac quant à elle, sert de loisir, les hommes et les femmes en fument dans des pipes en glaise.

Le palmier fait partie des plantes les plus utilisées, autant dans l’alimentation (huile de palme/ noix de palme) que dans les cosmétiques (huile de palmiste), sans oublier sa sève dont nous connaissons la liqueur (le vin de palme). Comme dans de nombreux royaumes africains, la cola a une valeur marchande plutôt considérable, et les Loango en consomme en quantité.

Tout individu était tenu de verser une partie de sa production économique (manioc/ sel/ poisson/ gibier) aux Fumu et au Maloango. Les recettes publiques étaient versées au Mboma Si Lwangu qui prélevait sa part avant de les reverser au roi.

Le choix du métier était libre dans le royaume. Notons toutefois les exceptions faites pour les métiers de tisserand, forgeron, saunier et potier, dont l’apprentissage et la pratique s’acquièrent avec de l’expérience. Les forgerons se chargeaient non seulement de la fabrication des insignes royaux et de diverses parures de membres de la noblesse, mais également des principaux instruments de travail, à savoir : couteau (mbele), la lance, le coupe coupe, la houe (Sengu).

Le royaume Loango était fondé sur la hiérarchie sociale. La société était divisée entre les Fumu (les grands) et les Bafioti (les petits).

Les Fumu étaient les dignitaires du royaume, les nobles. On distinguait les Fumu mpu (les chefs couronnés), les Fumu Si (les chefs locaux, seigneurs de la terre), les Singanga (les devins), les Bitha (prêtres), les Linguissi (intellectuels et savants) et le clan royal (deux lignages matrilinéaires Kondi et Nkata). Les Bafioti étaient le reste du peuple, départagé entre les Basi, membres des clans et propriétaire foncier, en opposition aux non-Basi très minoritaires mais ne possédant aucune terre.

Chez les Loango le clan représente la plus grande extension de la parenté. Avec la gangrène créée par l’esclavage, les populations se concentrent davantage sur la base d’affinité du sang.

Le peuple Loango vit dans des villes et villages, les maisons s’y enchevêtrent sans rues.

Grâce à une alimentation saine et équilibrée, les habitants du royaume tombaient rarement malades.

Les hommes et les femmes ne se couvraient le torse que rarement car les seins n’étaient pas considérés comme organes sexuels. La norme vestimentaire était le pagne, de préférence de couleur bleue ou rouge.

source : flickr.com
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La prostitution n’existait quasiment pas en pays Loango. Les jeunes filles étaient toujours accompagnées de leurs mères qui exigeaient d’elles beaucoup de bienséance.

Les jeunes hommes étaient libres de choisir l’épouse qu’ils désirent, tandis que les jeunes femmes devaient choisir l’époux qui demandait leur main, en s’aidant de l’avis de leur mère. Le prétendant se devait d’offrir un présent à la mère de la jeune femme choisie, si la matriarche accepte le cadeau alors il peut offrir de plus un présent à la courtisée (qui est libre de le refuser). L’acceptation des deux présents vaut pour promesse de mariage.

À partir de cet instant, il sera notifié que la jeune femme sera bientôt mariée (on enduisait la jeune femme de peinture rouge), permettant qu’un meilleur parti puisse se présenter. Si ce fut le cas, alors les présents seront retournés à l’ancien prétendant, et le mariage aura lieu 1 mois plus tard.

Le cas des princesses mérite une attention particulière. Leur statut leur conférait certains privilèges dans le mariage. Par exemple elles choisissaient leurs époux sans contrainte, pouvant même s’imposer à eux. Si elles convoitaient un homme marié, ce dernier avait l’obligation de répudier sa femme pour épouser la princesse. Par conséquent, et du fait de leurs droits excessifs dans le mariage, les princesses ne trouvaient pas de maris au sein de la noblesse car les princes pouvaient refuser de les épouser. Elles jetaient très souvent leur dévolu sur les riches roturiers, qui ne pouvaient se soustraire sous peine de confiscation de biens et liberté (offense à la famille royale). Elles bénéficiaient du droit de répudier leurs époux sans aucune justification. La vie d’époux de princesse était comparable à celle d’un asservi. Les princesses étaient les seules à jouir d’une obligation à la monogamie, sauf si elles y dérogeaient, leurs époux avaient l’interdiction d’être polygame.

L’adultère était sévèrement réprimandé. Si c’était la femme qui était à l’origine de l’adultère, la tradition exigeait la repentance de la femme et encourageait le pardon de l’homme afin de ne pas maintenir la malédiction dans leur vie et celle de leur progéniture. L’époux était habilité à traduire en justice l’amant de sa femme afin d’obtenir réparation (la peine pouvant aller de la servitude auprès de l’époux lésé, à la réparation pécuniaire).

La nature du pouvoir chez les Loango était d’essence spirituelle et clanique, fondée sur le culte du Nkisi si « esprit divinisé qui, le premier, occupa et délimita la terre du clan ». En tant que divinité, le Nkisi si assurait au clan protection, réussite, fécondité et paix.

Les Bakisi-basi (pluriel de Nkisi si) dictaient au clan les interdits et autres tabous, favorisant ainsi la fécondité des femmes, la fertilité de la terre, l’abondance de gibier pour la chasse et de poissons pour la pêche. Ils préservaient de la sorcellerie.

Ils sont honorés dans des sanctuaires appelés Tchibila (Bibila au pluriel) ou dans des bois sacrés dont l’accès est proscrit aux Fumu et Maloango. Ils sont tenus par des prêtres (les Nthomi/ Tchithomi, Bithomi au pluriel). C’était devant eux que s’effectuaient les initiations et autres rites de passage à l’âge adulte.

Cependant les Bakisi-basi n’étaient pas les seules divinités en dépit de leur rôle essentiel dans l’ordre politique et social.

Au-dessus d’eux régnait Nzambi Mpungu, le Tout-Puissant, le Créateur, la perfection. Les Bakisi-Basi étaient les génies, les artisans de Nzambi Mpungu.

Contrairement au royaume frère du Kongo, la tentative de christianisation du royaume Loango fut un échec.

Sinistrement, comme avec d’autres royaumes notables, l’arrivée des Européens amorça une déchéance lente et irréversible.

Les Portugais établirent des relations commerciales avec le royaume dès 1575. Au début du XVIIe siècle les Hollandais installèrent des comptoirs pour la traite négrière.

L’esclavage a provoqué un déplacement massif des populations fuyant les rapts et autres razzias, déstabilisant l’économie du pays et détruisant des communautés.

Au XVIIIe siècle, le pouvoir était fragmenté. Un long interrègne commença en 1787, et lorsqu’un roi fut finalement intronisé, néanmoins ce dernier manquait indéniablement d’autorité.

Au XIXe siècle ce fut la colonisation française qui porta le coup fatal au royaume Loango, qui déjà affaibli et morcelé ne put résister.

Entretien avec Jean-Ernest Oliveira (Joâo Ernesto de Oliveira) mon grand-père maternel qui a été cité dans Les Fondements Spirituels du Pouvoir Au Royaume de Loango (Chap VII page 89) :

  1. Petite présentation (origines, ascendance etc.)

Jean Ernest Oliveira (Joâo Ernesto de Oliveira), né de Ernesto Joaquim de Oliveira et de Maria Térèza Fouti TchiSica épouse Oliveira.

Parcours scolaires :

  • Écoles primaires : Pointe Noire à l’école urbaine de Pointe Noire / Boco région de Brazzaville à l’internat / Mouila au Gabon
  • Collège Moderne et classique
  • Lycée Félix Eboué, puis Lycée Léon Mba
  • École Normale : formation d’enseignants du primaire
  • Études supérieures : formation de conseillers d’Éducation nationale, par la suite concours et formation d’inspecteur jeunesse et sports
  • Postes occupés : Directeur jeunesse et sports => Directeur général jeunesse et sports, Inspecteur général / Secrétaire général de l’office des Rades et Ports du Gabon (OPRAG)/ Directeur Général Adjoint de l’Office des Rades et des Ports du Gabon (OPRAG)
  • Retraite à 55 ans
  • Lien avec le royaume Loango

Quels sont mes liens avec les royaumes Kongo, Ngoyo et Loango :

  • Royaume Kongo

Ce royaume resté au bord du fleuve Congo (à la rive droite) est des trois frères (de même père et de même mère) que les deux auxquels je suis lié de sang.

  • Royaume Ngoyo

Je suis descendant du royaume de Ngoyo et j’ai eu le bonheur d’être désigné par mon grand-père le Fumu Ngoyo, prince régnant de Mangoyo, comme devant le succéder au trône de Mangoyo à Tchinfouka (Malembo) au Cabinda.

  • Royaume Loango

Ici, ma grand-mère maternelle est Fumu si Maloango. Nous sommes matrilinéaires donc les filles nées de princesses n’étaient cédées en mariage qu’aux princes reconnus comme tels. D’où ces liens entre les royaumes Loango, Kongo et Ngoyo.

  • Que reste-t-il de la continuité du royaume
  • Royaume Kongo

Il semble avoir été peu suivi. À l’heure où j’écris ce manuscrit, il ne m’est pas possible de vérifier, humainement parlant, ce que sont devenus les représentants de cette dynastie.

  • Royaume Ngoyo

Le royaume existe mais le roi n’est pas sacré par un cérémonial donnant acte et pouvoir à l’élu, installé à Tchinfouka (Malembo). Sans oublier l’insécurité notoire du Cabinda (avec la guerre larvée qui existe entre angolais et cabindais).

Je n’ose pas me présenter aux illustres fils cabindais, qui du reste, n’attendent que cela pour se manifester…

  • Royaume Loango

Il existe et règne sur le Kouilou, sur le Mayombe, à Mayumba et Setté Cama. Il suffit de se rendre au royaume pour s’en convaincre.

  • Conseils à la jeunesse africaine

Les jeunes Africains ou soucieux du continent Noir, étant entendu que le Nord de l’Afrique est habité par un peuple structuré, organisé ayant une culture avec une croyance religieuse déjà établie. Donc des peuples que l’on ne saurait presque plus réorganiser, restructurer redresser sur le plan culturel et spirituel. Voyons plutôt le peuple Noir, habitant la partie du continent Noir. Les Africains ont subi les affres de la colonisation : sur le plan culturel et spirituel ; ce sont ceux-là qui méritent une attention particulière, suivant le colonisateur (surtout au niveau de la jeunesse).

En règle générale, les jeunes issus de ces civilisations, ont subi un manque significatif par rapport à leur culture d’origine, de base, sur laquelle ils vivent, ils évoluent, ils réfléchissent et se manifestent…

Ces jeunes-là ont, pour certains, coupé le « cordon ombilical » c’est-à-dire le milieu de vie traditionnel, de culture de base et se trouvent en déséquilibre, sans repères pratiquement, sans point de référence pouvant les guider ou orienter…

Pour d’autres jeunes, issus de familles structurées, tenant encore un peu de leur culture vivant dans leur milieu naturel et culturel conservant quelques éléments de leur mode de vie et du savoir-vivre communautaire ; ceux-là sont facilement récupérables pour les habituer à fréquenter les anciens du clan (aïeuls) qui détiennent les fondements de la culture.

L’Afrique est tenue de se construire et de se développer en relation avec les autres cultures et civilisations qui l’environnent, bien entendu en tenant compte et en respectant ses modes propres de développement, en vue d’éviter l’aliénation de sa propre culture.

Les jeunes d’Afrique ont l’obligation de garder le contact avec les tenants de la culture de leur milieu : langue parlée, assises culturelles, commerciales, étatiques, habitations respectives et évolutives tenant compte du modèle imprimé par l’évolution etc.

Les jeunes d’Afrique n’ont pas le choix, s’ils veulent appartenir à tel ou tel groupe identitaire de culture d’Afrique, de leur origine, de leur clan… ils sont tenus d’être eux-mêmes, appartenant à leur culture, identifiable en eux (par leur mode de vie et d’agir).

Bibliographie :

Joseph ITOUA, Les anciennes monarchies congolaises, Publibook 2018.

Annie MERLET, Autour du Loango (XIVe-XIXe siècle) Histoire des peuples du sud-ouest du Gabon au temps du royaume de Loango et du « Congo français », Centre Culturel Français de Libreville, 1991.

Paul Achille MAVOUNGOU et Hugues Steve NDINGA-KOUMBA-BINZA, Le sacré et les conceptions du pouvoir et du droit traditionnel, chez les Bavili et Balumbu du Gabon

Frank HAGENBUCHER-SACRIPANTI, Les fondements spirituels du pouvoir au royaume Loango, O.R.S.T.O.M, 1973.

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