
Source : Tiye The Nubian Queen of Egypt (circa 1415-1340 BC) by Leonard Jenkins
Dans la vallée du Nil, des civilisations pionnières et puissantes instaurèrent des royaumes fascinants à travers lesquels des prestigieux Pharaons et des Reines d’exception firent briller l’Afrique Antique.
Dans la vallée du Nil, des civilisations pionnières et puissantes instaurèrent des royaumes fascinants à travers lesquels des prestigieux Pharaons et des Reines d’exception firent briller l’Afrique Antique.


Cette région appelée Nubie qui fut à la fois l’ancêtre et la rivale de l’Égypte était située au sud de l’Empire égyptien, couvrant l’actuel Soudan et le sud de l’Égypte contemporaine jusqu’à la frontière éthiopienne. La Nubie fut particulièrement prospère au Ve millénaire av J.C ; surpassant son voisin, ce dernier comblera ce retard un millénaire plus tard avec le développement des sociétés du Prédynastique.
C’est vers le 3e millénaire avant JC qu’émergera le premier royaume Nubien, le pays de Koush (ou Kouch, Kouch étant le terme que les Égyptiens utilisaient pour désigner le territoire de Nubie et ses royaumes successifs) qui établit sa capitale dans la ville antique de Kerma. Ce nouvel Etat se démarqua à travers ses sépultures richement dotées qui contenaient des offrandes et objets manufacturés.
Le pays de Koush était le voisin brillant craint par l’Égypte, une civilisation qui résista pendant près d’un millénaire aux incursions égyptiennes et qui bénéficiait d’une position géographique idéale, carrefour de routes commerciales reliant l’Afrique profonde au monde méditerranéen, ainsi que la mer Rouge à l’ouest de l’Afrique.

Vers 2000 av J.C, la montée en puissance du royaume de Kerma fit trembler les rois de la XIIe dynastie au point où ils érigèrent un dispositif de forteresses entre la 1e et la 2e cataracte pour se protéger des incursions de Koush.
C’est ainsi que la Basse Nubie passa sous domination égyptienne et la nouvelle frontière se situa à la 2e cataracte.

Soldats nubiens enrôlés dans l’infanterie égyptienne – XIe dynastie – Musée du Caire.
Source : wikipedia
En Haute Nubie, la civilisation de Kerma se développa autour d’agglomérations vastes et structurées, bénéficiant d’une agriculture prospère avec un système d’irrigation efficace.
De 2500 à 1500 av J.C, le royaume de Koush exploitait les mines d’or de Nubie et servait d’intermédiaire commercial grâce à sa position privilégiée.
Véritables bâtisseurs, les Nubiens ont conçu une architecture basée sur l’utilisation de la brique cuite et la pierre. Les cimetières nubiens étaient représentatifs de la hiérarchisation de leur société, c’est ainsi que les sépultures de nobles contenaient des objets de valeurs en or, en cuivre et en bronze, ce qui ne manqua pas d’attiser les pilleurs de tombes.
L’artisanat nubien se développait avec la métallurgie, la faïence et une technique complexe de cuisson en four réservée à la céramique. Par ailleurs, grâce aux fouilles des tombes, notamment celles du cimetière de Kerma, on découvrit la sophistication de l’artisanat nubien, les textiles en lin ainsi que les objets et habits en cuir, révélant la richesse de cette civilisation.




En outre, Koush était une puissance militaire redoutée, son artillerie était composée de lances, de poignard en bronze, et durant le Kerma classique on vit apparaître les dagues. Non seulement ces dernières étaient des armes, mais elles représentaient également des objets de prestige, disposant de pommeau en ivoire et de manche en bois, certaines comportaient même des détails en or.

De 1650 à 1550 av JC, le royaume de Koush n’hésitait pas à lancer des expéditions sur l’Égypte qui était en proie à des conflits internes. Les pharaons de la XVIIIe dynastie, et plus spécifiquement le pharaon Thoutmosis Ier, renversèrent la situation et la capitale Kerma fut incendiée vers 1530 av JC, mettant fin à la civilisation de Kerma qui devint une colonie égyptienne. Durant six siècles, la colonie fut administrée par un gouverneur appelé le « fils royal de Koush », les enfants des chefs vaincus étaient ainsi envoyés en Égypte, afin d’être éduqués à la cour. Des villes égyptiennes furent établies le long du Nil jusqu’à Napata, à la hauteur de la 4e cataracte et une politique d’égyptianisation se mit rapidement en place.
Il nous faut retenir que de cette période, Koush gardera surtout l’influence religieuse.
Les dieux égyptiens, auxquels les souverains de la XVIIIe et XIXe dynasties érigèrent en Nubie des temples innombrables, furent ainsi intégrés dans le panthéon local. Le culte d’Amon était une force politique puissante en Égypte depuis des millénaires et exerçait le même genre d’influence sur les rois de Koush. À Napata, en effet, le pharaon égyptien Thoutmosis III (r. 1458-1425 avant notre ère) fit construire le temple d’Amon qui allait devenir le site religieux le plus important du royaume pendant des siècles. Comme en Égypte, le sacerdoce était exonéré d’impôt et par conséquent, le clergé put accumuler une richesse et une influence importantes.

Source : Thutmose III Pharaoh of Egypt (753-712 BC) by Antonio Wade
Tandis que l’Égypte s’affaiblissait sous les derniers Ramessides (dynastie des Ramsès), émergea un royaume nubien indépendant : le centre de la nouvelle dynastie est la région de Napata, autour du Djebel Barkal. Dotée d’une puissance militaire redoutable sa puissance ne cessa de s’accroître.

Source : secretebase.free.fr
Le souverain Piankhy entreprit de pacifier l’Égypte en proie à des luttes intestines et aux menaces assyriennes. C’est ainsi qu’il conquit l’Egypte vers 730 av JC, et y installa la XXVe dynastie dite « éthiopienne » qui dirigea depuis Memphis capitale de l’empire.
Ses successeurs régnèrent pendant près de soixante ans, de 713 à 656 av. J.-C., sur un vaste empire s’étendant du Delta égyptien jusqu’au confluent du Nil blanc et du Nil bleu. Ces souverains des Deux Terres portaient un diadème orné de deux cobras-uræi, symboles de leur double royauté.
Le fameux pharaon Taharqa (cité dans l’Ancien Testament) restaura le temple d’Amon du Djebel Barkal, y édifia un second temple semi-rupestre dans la tradition nubienne, érigea des stèles riches en enseignement sur le faste des souverains … prémices d’une culture métissée, aux influences nubiennes et égyptiennes.

Source : pourlascience.fr

Source : Taharqa King of Nubia (710-664 BC) by John Thomas Biggers

Source : anasvetlanaamegankpoe.blogspot.fr

Pharaons nubiens
Source : histoirecivilisa.canalblog.com
Cependant, cette période brillante et faste fut écourtée par les Assyriens qui chassèrent les souverains koushites d’Égypte, ces derniers subirent ensuite l’offensive menée par le pharaon égyptien Psammétique II en 591 av J.C. Napata fut atteinte et dévastée, les statues royales furent brisées dans les temples dynastiques.
Les koushites durent abandonner leur prestigieuse capitale pour Méroé, au-delà de la sixième cataracte, hors de portée des assauts ennemis. À la suite de cette défaite, les souverains koushites n’abandonnèrent jamais leurs prétentions à la légitimité pharaonique, sur leur coiffure apparaissaient toujours deux uræi des cobras royaux l’un symbolisant la domination (le règne) sur Koush et l’autre sur l’Égypte. L’ancienne métropole garda toutefois ses prérogatives religieuses et dynastiques : c’est à Napata que les nouveaux souverains venaient de Méroé pour se faire couronner, c’est aux abords de la cité sainte qu’ils se firent inhumer, dans les nécropoles royales de Nuri, puis de Barkal.


Source : Pharaons noirs. Sur la piste des Quarante Jours musée de Mariemont


Méroé qui était à l’origine un centre administratif prospéra en tant que capitale du royaume de Koush entre 750 et 350 av J.C, avec une richesse fabuleuse qui la rendit légendaire.
Située sur le Nil dans la région du Soudan moderne, Méroé s’était enrichie du commerce, de ses usines sidérurgiques et son abondant approvisionnement en céréales qui assuraient une production régulière de biens que d’autres désiraient et dont ils avaient besoin.
L’essor de la métallurgie était dû non seulement aux artisans experts de la ville, mais aussi des ressources naturelles des forêts environnant Méroé. Le bois était nécessaire aux fours pour la fonte du fer, pour la production de charbon de bois et ces fours brûlaient quotidiennement. Le fer fournit aux fermiers et aux chasseurs de Méroé des outils et des armes de qualité supérieure. Le développement et l’utilisation du fer étaient donc en partie responsables du succès, de la croissance et de la richesse même du royaume méroïtique.

Pyramides de Méroé au Soudan
source : site de l’UNESCO

Source : francetelevisions.fr
Vers 284 avant notre ère, le roi Ergamenes (transcription grecque du nom Arkamani) institua un certain nombre de réformes qui permirent à Méroé de devenir le centre d’une culture autonome.
La monarchie était périodiquement contrôlée par des femmes, les illustres Candaces (le titre « Kentake » ou « kandake » en méroïtique, traduit « Candace » dans sa version latinisée). Contrairement à son voisin égyptien où les pharaons étaient par essence des hommes (les rares reines régnantes accédaient au trône dans des circonstances exceptionnelles), à Méroé les reines jouissaient de la même légitimité que les rois.

Source : anasvetlanaamegankpoe.blogspot.fr
Les Candaces de Méroé furent parmi les monarques les plus puissants du royaume de Koush et leur compétence en matière de leadership était égale ou meilleure que n’importe quel roi.
Une « Candace, reine des Éthiopiens » est mentionnée dans la Bible lorsque l’apôtre Philippe rencontre « un eunuque de grande autorité » sous son règne et le convertit au christianisme (Actes 8 :27-39). Dans ce passage, comme dans d’autres ouvrages anciens mentionnant le Candace, le titre royal a souvent été confondu avec un nom personnel.
Jusqu’au règne d’Ergamenes, les souverains koushites obéissaient aux prêtres, leur esprit était dominé par la superstition. Or Ergamenes, fut le premier à dédaigner cet état de fait, par conséquent il abolit cette coutume, et gouverna selon ses propres choix.
Les dieux, bien que portant encore des preuves de la culture égyptienne, commencèrent à apparaître comme des divinités koushites. Tout en maintenant le culte d’Amon, les nouvelles réformes avaient pour but d’éloigner Méroé de l’influence égyptienne.


Dame Meresimen, fille d’Ounnéfer, en prière devant Osiris et les quatre fils d’Horus – 25e dynastie, vers 715-656 av. J.-C
Source : musée du Louvre
Les pyramides adoptèrent un style architectural méroïtique unique. Les rois et leurs reines apparaissaient dans des vêtements méroïtiques et l’artisanat passa d’un style égyptien à un style nettement plus local.
Plus important encore, les hiéroglyphes égyptiens furent remplacés par l’écriture méroïtique.

Cursive Block from Meroe
Source : Osama Shukir Muhammed Amin
Vers 170 av J.C, Shanakdakhete (également appelée Shanakdakheto) fut la première reine à régner indépendamment. Sous son règne, Méroé élargit ses frontières et l’économie était florissante.

Nubia Queen of Meroe source : Musée du Caire
De l’an 40 av J.C à l’an 10 av J.C, Amanirenas était surtout connue comme la Candace ayant vaincu l’empereur romain Auguste César à la suite du conflit qui opposait Koush à Rome. La guerre avait commencé en réponse aux raids koushites faisant des incursions dans l’Égypte romaine.
La candace Amanitore (an 1 av J.C à l’an 25 de notre ère) a régné sur la période la plus prospère de l’histoire de Méroé. Elle put reconstruire le temple d’Amon à Napata et rénover le grand temple du dieu à Méroé. Le commerce était à son apogée, comme en témoignent les objets funéraires et autres artefacts de l’époque, et l’industrie du fer et l’agriculture prospéraient comme en témoigne la quantité de déchets de scories et les canaux d’irrigation améliorés creusés pendant cette période.

Candace Amanishakheto of Meroe
Source : Khruner

Armlet from Meroe
Source : Osama Shukir Muhammed Amin

Relief from the Interior of the Funerary Chapel of a Meroe Queen
Source : Osama Shukir Muhammed Amin

Elle est représentée sur le mur de son temple à Naqa conquérant ses ennemis en tant que reine guerrière.
La candace Amantitere (an 25 à l’an 41 ap J.C) est la reine la plus souvent identifiée comme la Candace dans Actes 8:27.
La richesse et le prestige de Méroé commencèrent à décliner vers l’an 200, lorsque Rome fit du royaume d’Axoum son principal partenaire commercial. À cela il faut ajouter les raisons climatiques, la surexploitation des terres et des ressources. Les forêts avaient été utilisées pour fournir du carburant à l’industrie du fer et les champs étaient épuisés de nutriments à cause de l’agriculture intensive et du surpâturage du bétail.




D’autres ethnies nubiennes profitèrent sans doute de cet affaiblissement du pouvoir central pour se lancer à l’assaut du royaume, s’installant sur les rives du Nil et s’avançant vers l’Éthiopie.
Vers 350, le roi d’Aksoum Ezana, fraîchement converti au christianisme, réagit fortement en repoussant l’invasion nubienne et en poursuivant l’ennemi sur ce qui restait du royaume de Méroé. Vainqueur, il érigea des stèles triomphales qui nous ont gardé le récit de ces batailles et qui constituent historiquement une sorte d’acte de décès de l’État méroïtique.
À la suite de l’Annexion de Méroé par le royaume d’Axoum, les Nubiens, maîtres du Nil moyen, y établirent trois royaumes chrétiens, la Nobadia au nord, Makouria au centre et Alodia au sud.
Bientôt, Avec l’avènement du christianisme en Nubie au VIe siècle, les traditions méroïtiques furent abandonnées et cette civilisation millénaire disparut des mémoires.
À partir de 641, les Arabes conquièrent l’Égypte et commencèrent à s’intéresser aux royaumes chrétiens de Nubie. Ces derniers résistèrent et continuèrent même de prospérer encore quelque temps. Ils se désintégrèrent au XVe siècle, quand une nouvelle puissance se forma en Nubie. Ce sera le royaume de Sennaar, gouverné pendant plus de trois siècles par la dynastie musulmane des Funj.

Bibliographie :
Tidiane N’Diaye, Éclipse des Dieux « La Nubie », Ed Du Rocher, Paris, 2004.
Matthieu Honegger, Chapitre II. Les royaumes de Kerma, Napata et Méroé (in François Xavier-Fauvelle (dir.), De l’Acacus au Zimbabwe. 20000 avant notre ère – XVIIe siècle, Belin, Paris, 2018.
Matthieu Honegger, Aux origines des pharaons noirs : 10’000 ans d’archéologie en Nubie. Musée du Laténium, Neuchâtel, 2014.
Michel Baud, Méroé, un empire sur le Nil, Officina Libraria, 2010.
