L’isolement et l’altitude du plateau zimbabwéen en ont fait la terre d’accueil de nombreuses civilisations Bantu, qui s’y succédèrent du début de notre ère jusqu’à la colonisation européenne.
Ce fut ainsi que de prestigieux royaumes émergèrent dans l’Afrique australe médiévale ; alternativement, nous avions les royaumes de Mapungubwe et de Zimbabwe, l’Empire Monomotapa, et les Cités-États Swahilies.

Partie I : Les royaumes de Mapungubwe et de Zimbabwe
Ces deux civilisations de l’Âge du Fer qui se situaient entre le Limpopo et le Zambèze surent imposer progressivement leur prééminence sur la région, grâce à des conditions agricoles avantageuses, à l’élevage de bétails, à un sous-sol extrêmement riche (gisements de fer, cuivre, étain, or, etc.) dont l’exploitation favorisa les échanges sur la côte de l’océan Indien.
Mapungubwe était l’un des premiers royaumes d’Afrique australe, situé dans l’actuelle province du Limpopo en Afrique du Sud, près des frontières de ce pays avec le Zimbabwe et le Botswana. Fondé par des populations Bantu, le peuple Venda et le peuple Kalanga (appartenant au groupe ethnique Shona), Mapungubwe était le royaume le plus important d’Afrique australe jusqu’à son déclin au XIVᵉ siècle. Mapungubwe, dont le nom signifie « monuments de pierre » (en référence aux grandes maisons et aux murs de pierre du royaume, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2003) commença son ascension au pouvoir vers les années 800 de notre ère.

À Mapungubwe et dans le royaume de Zimbabwe, il existait une élite riche et privilégiée qui vivait à la Cour.
Cette dernière était protégée par des remparts en pierre, construits sur le niveau le plus élevé du territoire ; une colline naturelle en grès d’environ 30 mètres de haut et 100 mètres de long.

Source: mapio.net. Greater Mapungubwe Heritage Route Thulamela Archeological Site. Ruines de Thulamela, qui avait un système social très semblable à ceux du Grand Zimbabwe et de Mapungubwe.


Les dirigeants contrôlaient les routes commerciales dans toutes les directions, et le royaume faisait du commerce avec la Chine, l’Inde et l’Égypte. L’agriculture, et en particulier l’élevage du bétail, permit d’obtenir une nourriture abondante et un surplus qui pouvait être échangé contre des biens de première nécessité. L’archéologie a révélé de vastes couches d’os et de fumier ; indication qu’à partir du IXe siècle, il y avait de grands troupeaux de bovins, source traditionnelle de richesse et de pouvoir politique dans les communautés d’Afrique australe.
De surcroît, les nombreuses découvertes de fusaïoles attestent également de la culture et le tissage du coton.
La noblesse était enterrée avec des ornements en or et en cuivre, des perles exotiques, de la poterie et du tissu importé. Leurs maisons, leur régime alimentaire et leurs sépultures ostentatoires contrastaient fortement avec ceux des gens du commun, dont les habitations étaient bien plus modestes, réparties en contrebas de la colline (même s’il y eut aussi une structure en pierre à ce niveau).

Source: Britannica.com Overview of Mapungubwe National Park, Limpopo province, South Africa. Contunico © ZDF Enterprises GmbH, Mainz; Thumbnail © Maximiliane Wagner/Dreamstime.com
La zone connue sous le nom de Bambandyanalo ou K2, et qui recouvrait approximativement cinq hectares, regorgeait d’enclos à bovins, des sépultures et des figurines, qui témoignent tous de l’importance de ces animaux sur le site. Son village d’origine est antérieur au site du sommet de la colline.

Source: Great Zimbabwe livre de Martin Hall and Rebecca Stefoff
La population totale de Mapungubwe à son apogée, au milieu du XIIIe siècle, était d’environ 10 000 personnes. Le roi était enterré avec ses prédécesseurs au sommet de la colline, dans une zone délimitée à l’écart des habitations, tandis que le reste des habitants de la communauté était enterré au niveau de la vallée environnante. Un escalier en bois reliait les deux niveaux, les trous des emplacements des marches étant clairement visibles dans la falaise de grès.
Quelques résidences plus imposantes sont disséminées à la périphérie de la ville basse, et appartenaient probablement à des parents masculins du roi. Cette distanciation s’expliquait par l’hypothèse que ces hommes ; concurrents sérieux pour le trône, n’étaient pas autorisés à vivre au sein de la communauté. Il existe de nombreux autres sites, plus petits, mais toujours impressionnants sur le plateau de Mapungubwe, situés entre 15 et 100 km de la capitale. Contenant des résidences et des murs en pierre, ils appartenaient sûrement aux chefs locaux qui agissaient en tant que vassaux du roi de Mapungubwe.

Source: Journal of Anthropological Archaeology Volume 28, Issue 1 Mapungubwe and Great Zimbabwe: The origin and spread of social complexity in southern Africa, Thomas N. Huffman
Le roi de Mapungubwe était assurément l’individu le plus riche de la société, c’est-à-dire qu’il possédait plus de bétails et de matériaux précieux acquis par le biais du commerce que quiconque. Il existait également une sorte d’association religieuse entre le roi et la pluie, une nécessité vitale pour l’agriculture dans un paysage aussi sec.
Des artisans qualifiés fabriquaient des poteries élégantes, des sculptures et des outils en fer pour un usage local et pour le commerce, tandis que la présence de fusaïoles attestait d’un tissage local. La poterie était produite à une échelle suffisamment développée pour suggérer la présence de potiers professionnels, ce qui certifiait de la prospérité du royaume, et cela, en dépit de sa stratification sociale. Les œuvres comprenaient des récipients sphériques à col court, des gobelets et des bols hémisphériques. On trouvait des petits bijoux en cuivre ou en ivoire, des disques en céramique dont l’usage est inconnu, des sifflets et une figurine de girafe.
Ces objets découverts sur le site funéraire royal et, datant de 1150 environ, furent les premiers marqueurs prouvant que l’or avait une valeur intrinsèque propre (par opposition à une simple monnaie d’échange) en Afrique australe.


Source: Bijoux en or, Mapungubwe Museum of Gems and Jewellery, Cape Town
Le royaume de Mapungubwe était déjà en déclin à la fin du XIIIe siècle, certainement à cause d’une surpopulation qui exerçait une pression trop forte sur les ressources locales, une situation qui aurait pu être amenée à un point critique par une série de sécheresses.
De nombreux habitants quittèrent le royaume à la recherche de nouvelles terres. Le pouvoir dans la région se déplaça vers le nord, vers le Grand Zimbabwe, où la structure sociale était similaire à celle de Mapungubwe.
De nombreux objets de Mapungubwe sont aujourd’hui exposés aux musées de l’université de Pretoria, en Afrique du Sud, tandis que le site lui-même est protégé dans le cadre du parc national de Mapungubwe.
