
Source : Britannica.com
Plus au nord, sur le plateau zimbabwéen, non loin des mines d’or, se forme entre le Xe et le XVe siècles le royaume Zimbabwe, baptisé ainsi afin d’évoquer ses gigantesques constructions en pierre, dont la plus célèbre reste sa majestueuse capitale, Grand Zimbabwe (désigné site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1986) près de la ville actuelle de Masvingo. Celle-ci comprend un ensemble de plus de cinquante madzimbahwe (constructions en pierre), situés sur la partie est de l’escarpement du plateau. Cette position privilégiée permet aux éleveurs de pratiquer la transhumance entre les hautes terres et les basses terres de pâturage.

Source : http://www.britannica.com
Le Zimbabwe précolonial était une société multiethnique (les Karanga, les Kalanga, les Zezuru, les Manyika, les Ndau, les Tonga et les Roswi/Rozvi), regroupée en deux énormes blocs, à savoir « Ndebele » et « Shona » (Mashona au pluriel), en grande partie en raison de leurs langues, croyances et institutions largement semblables.
Les Mashona sont arrivés du Nord dans la région située entre le Zambèze et le Limpopo entre le Xe et le XIIIe siècle, chassant devant eux les populations khoisan.
Le royaume sut prospérer grâce à des conditions agricoles favorables, à l’élevage de bétail, à une grande richesse minérale (ils exploiteront des mines de fer, cuivre, étain et or). Par ailleurs ; le commerce était mené avec des régions aussi éloignées que la Chine, l’Inde, le Moyen-Orient et le Proche-Orient, l’Afrique de l’Est et de l’Ouest, entre autres zones régionales et interrégionales. Des bols persans, des plats chinois, du verre du Proche-Orient et d’autres objets identiques ont été découverts au Grand Zimbabwe, ce qui témoigne des contacts commerciaux avec ces lieux lointains. Très tôt, l’or sera ainsi échangé contre des produits manufacturés avec les commerçants des villes arabo-swahilies de la côte orientale.

Source: Fragments of Asian porcelain, Asian celadon and Islamic fritware sherds recovered from Great Zimbabwe. Objects housed at Iziko Museum, Cape Town
Profondément structurés, les Mashona connurent souvent la prédominance de telle ou telle ethnie afin de constituer un véritable État. Ce fut ainsi queles Karanga établirent en premier leur hégémonie sur la région.
« Zimbabwe » signifie « maisons de pierre » (dzimba-dza-mabwe/ dzimba dzemabwe) selon le dialecte Karanga, ou encore « maisons vénérées » si l’on se fie à la traduction du dialecte Zezuru. Des preuvesstratigraphiques attestent que les premières constructions en pierres débutèrent vers l’an 900.
Les bâtisseurs incorporèrent des blocs de granit naturel et des blocs rectangulaires pour former des murs pouvant atteindre6 mètres d’épaisseur et 11 mètres de hauteur. La partie la plus ancienne de la ville a été construite sur une colline. Les archéologues l’appellent le complexe de collines, qui aurait été le centre spirituel et religieux de la ville. Il se trouve sur une colline escarpée qui s’élève à 80 mètres au-dessus du sol, et ses ruines s’étendent sur environ 100 mètres sur 45 mètres. Au sud du complexe de collines, se trouve l’édifice le plus remarquable, que les archéologues surnomment la Grande Enceinte(autrefois l’Acropole).

Source : Ruines Grand Zimbabwe Britannica.com
On s’accorde aujourd’hui à penser que la Grande Enceinte servait à séparer l’élite locale du reste de la population. En outre, il s’agissait probablement de véritables démonstrations de force politique qui permettaient aux chefs qui ordonnèrent leur construction, de montrer leur capacité à mobiliser une main-d’œuvre nombreuse et de matérialiser ainsi leur puissance sociale.
Plusieurs fouilles permirent d’aboutir à ces interprétations : par exemple, sur le site de Manyikeni, les archéologues relevèrent une différence de régime alimentaire entre l’intérieur des murs où l’élite consommait surtout du bœuf et l’extérieur où la viande de mouton était privilégiée. À Ruanga, un dzimbahwe comprenait quatre enclos dans lesquels ne se trouvaient pas plus de huit maisons, on y découvrit des objets décorés en or, en cuivre et en fer, ainsi que des perles de verre, alors qu’autour, les fouilles ne révélaient que des objets en fer d’usage courant.


Source : sur ce fragment d’un bol en stéatite (à gauche) est l’une des sculptures décoratives les plus élaborées encore trouvé parmi les artefacts du Grand Zimbabwe. Un bol en bois (à droite) porte un crocodile sculpté. Great Zimbabwe livre de Martin Hall and Rebecca Stefoff
Les énormes murs sont les témoignages les mieux conservés du passé du Grand Zimbabwe et le plus grand exemple d’un type architectural exceptionnel.


Source: Great Zimbabwe livre de Martin Hall and Rebecca Stefoff
Le site est généralement divisé en trois zones principales : le complexe de collines, la grande enceinte et les ruines de la vallée. Les deux premiers sont caractérisés par une construction en pierre sans mortier, mais ils comprenaient également des structures en briques de terre crue qui rivalisaient avec les bâtiments en pierre en grandeur.
La zone centrale des ruines s’étend sur environ 80 hectares, faisant du Grand Zimbabwe la plus grande des 150 ruines de pierre majeures dispersées à travers les pays du Zimbabwe et du Mozambique.
On estime que les ruines centrales et la vallée environnante abritaient une population Shona de 10 000 à 20 000 âmes. Avec une économie basée sur l’élevage de bétail, l’agriculture et le commerce de l’or sur la côte de l’océan Indien ; le Grand Zimbabwe était le cœur d’un empire commercial florissant du XIe au XVe siècle.
Certaines des découvertes les plus belles et les plus durables du Grand Zimbabwe étaient les sept sculptures d’oiseaux en stéatite assises sur des monolithes décorés. Les oiseaux surmontaient des colonnes de plus d’un mètre de haut et mesuraient eux-mêmes en moyenne seize pouces. Les sculptures combinaient à la fois des éléments humains et aviaires, remplaçant des traits humains comme des lèvres pour un bec et des pieds à cinq doigts pour des griffes. Excavées au tournant du siècle, on sait que six des sculptures provenaient du complexe de l’enceinte orientale de la colline, mais malheureusement, leur disposition précise ne peut être que supposée. Les érudits suggérèrent que les oiseaux servaient d’emblèmes de l’autorité royale, représentant peut-être les ancêtres des dirigeants du Grand Zimbabwe. Bien que leur signification précise soit encore inconnue, ces sculptures restent de puissants symboles de domination à l’ère moderne, ornant le drapeau du Zimbabwe en tant qu’emblèmes nationaux. On suppose qu’il s’agissait de symboles religieux prouvant que le Grand Zimbabwe était apparemment un centre politique, économique et culturel d’une grande importance spirituelle.

Les dirigeants du Zimbabwe portaient le titre de Mambo. Vers le XIVe siècle, le processus de centralisation politique avait commencé parmi les peuples de langue shona. Cela fut largement attribué aux bonnes conditions économiques qui assuraient de bonnes récoltes et l’accumulation de surplus de céréales, d’animaux et d’autres formes de richesse, qui à leur tour stimulaient la croissance démographique.
La civilisation Shona adopta le fer pour moderniser l’agriculture et cultiverplus intensivement que leurs prédécesseurs de l’âge de pierre. Ils pratiquaient également le pastoralisme et accordaient une grande confiance à leur bétail. Le bétail était un indicateur important de la richesse et un moyen de maintenir les clients en plus d’être utile comme marchandise pour la dot de la mariée.
Le royaume du Zimbabwe connut son apogée entre le XIIIe et le XVe siècle. À partir de cette date, les données archéologiques ne révèlent plus aucun produit de luxe importé. À la fin du XVe siècle, le Grand Zimbabwe avait complètement perdu sa richesse, son commerce, son importance politique et culturelle. Aujourd’hui, le Grand Zimbabwe est préservé en tant que centre culturel touristique. Il incarne ce qui a certainement été la plus belle et la plus haute réalisation de la civilisation Shona. C’est à cette période de déclin que les Karanga émigrèrent vers le nord du plateau pour y fonder un nouveau royaume.
