À partir du VIIIe siècle, une brillante civilisation commença à prendre forme, et à unir la côte africaine de la Somalie au Mozambique.
Ce fut au cours des premiers siècles de notre ère, pendant l’âge du fer de la région, que des peuples Bantu migrèrent progressivement vers la bordure orientale de l’Afrique, créant plus de 400 nouvelles villes.

Source: http://www.researchgate.net, Fifty years in the archaeology of the eastern African coast: A methodological history
December 2015 Azania Archaeological Research in Africa 50(4):519-541
DOI:10.1080/0067270X.2015.1102943
Auteurs: Stephanie Wynne-Jones, the University of York, Jeffrey Fleisher, Rice University.
Ces premières villes swahilies émergèrent grâce à l’augmentation du mercantilisme et de la richesse, elles se développèrent en Cités-États prospères et complexes.
Lorsque les réseaux commerciaux se répandirent le long de la côte, il en fut de même pour l’art et l’architecture, tout comme la langue, diffusant le Kiswahili sur plus de2000 km de côtes africaines.
Le terme Swahili dérive du mot arabe sawahil (« côtes ») et désignait « les gens de la côte ». Plus tard, de nombreux termes arabes furent incorporés au Kiswahili, qui devint la lingua franca de l’Afrique de l’Est (on estime environ 200 millions de locuteurs dans le monde).
L’un des premiers documents écrits sur l’importance de la région, Le Périple de la mer Érythrée, décrivait la richesse de ces Cités-États d’Afrique de l’Est. Cet ouvrage fut écrit dans un mélange de grec classique et de grec commun entre 40 et 55 après J.-C approximativement. Le Périple était probablement le journal d’un marchand, contenant les premières informations sur les habitants de la côte de l’Afrique de l’Est, plus d’un demi-millénaire avant toute autre mention écrite comparable.
Lorsque des commerçants musulmans, pour la plupart arabes, s’installèrent de manière permanente dans la région, à partir du VIIIe siècle, les archives historiques évoluèrent. De surcroît, certains se marièrent dans des familles locales, introduisant leurs propres coutumes, leur foi islamique et leur langue arabe. Ainsi, la culture swahilie connut une arabisation considérable.
Les Cités-États étaient musulmanes, cosmopolites et politiquement indépendantes les unes des autres. L’enrichissement fut progressif, au fur et à mesure que le peuple Bantu Swahili servit de médiateur entre les marchands africains, arabes, persans, indonésiens, malaisiens, indiens et chinois, et cela, grâce à une série de comptoirs alignés depuis Mogadiscio jusqu’à Sofala.
Il existait une diversité dans la composition de la société swahilie, répartie entre des agriculteurs et des pêcheurs d’une part, et des commerçants et des artisans d’autre part.
Les populations résidaient dans des maisons urbaines en pierre et des maisons en terre battue.
L’agriculture et l’élevage étaient facilités par une pluie annuelle régulière et des eaux côtières peu profondes abondantes en fruits de mer. Le commerce fut favorisé par les pirogues et les petits voiliers. En outre, la côte de l’Afrique de l’Est offrait de nombreux excellents ports naturels formés par d’anciens estuaires fluviaux submergés.
Kilwa
De l’essor de toute cette zone côtière, un certain nombre de villes s’illustrèrent par leur rayonnement commercial et culturel, à savoir : Mombasa, Mogadiscio, Zanzibar, Kilwa, Sofala et des îles adjacentes.
Nous étudierons le cas de Kilwa qui est un site archéologique majeur aujourd’hui, (les ruines de Kilwa furent classées au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1981).
Située sur une île au large de la côte sud de la Tanzanie, Kilwa est l’une des plus méridionales des grandes Cités-États. L’île de Kilwa a été fondée dès le IVe siècle. La montée en puissance de Kilwa débuta au XIIe siècle avec la fondation du sultanat de Kilwa.
Le fondateur dynastique était, selon la Chronique de Kilwa, un aventurier : Ali ibn al-Hassan Shirazi, dont le nom suggère qu’il était originaire de Shiraz (Chiraz), en Perse. Néanmoins, les historiens s’accordent sur le fait qu’Ali ibn al-Hassan Shirazi était probablement né dans une famille africaine établie, qui avait des racines persanes.
En effet, selon la tradition orale, Kilwa fut fondée par des populations du continent, jusqu’à l’arrivée par bateau, un jour, d’un Shirazi (Chirazi) nommé Ali. Ce dernier, afin d’être autorisé à s’installer avec sa famille, offrit au souverain Mrimba des cadeaux en tissu et en perles. Bientôt, Ali épousa la fille de Mrimba tout en continuant à fournir des marchandises à la population locale. Ali tenta ensuite de persuader son beau-père de résider uniquement sur le continent, créant ainsi un conflit pour le contrôle de l’île.
Le gendre remporta la victoire et régna sur l’île, succédé à sa mort par son fils né de l’union avec la fille de Mrimba.
Tout cela se produisit avant que Kilwa ne devienne une ville commerçante. Pour la population, cette tradition orale établit les bases de la société de Kilwa. Alors que la ville fut fondée par la population locale, des commerçants étrangers obtinrent le droit de s’installer et de faire du commerce en payant des tributs. Plus tard, les mariages entre Bantu et Shirazis instituèrent une nouvelle communauté dans laquelle la population locale continuait d’exercer son autorité sur la terre, tandis que les Shirazis établirent le contrôle sur les habitants de la ville.
Par conséquent, durant la colonisation de Kilwa par le peuple Shirazi, originaire de Perse, les populations Bantu et tous ces étrangers se métissèrent, les mariages mixtes étaient courants, ainsi que le mélange de pratiques culturelles qui conduisit à l’évolution d’une culture swahilie tout à fait unique. Kilwa étant située à la limite sud de l’influence des vents de mousson (qui permettent de naviguer jusqu’à la péninsule arabique l’été et dans l’autre sens l’hiver) ; sa situation géographique était donc idéale pour les marchands venus d’Arabie ou de Perse. À cette époque, on estimait la population de Kilwa entre 4 000 et 12 000 habitants.
À compter du règne des Shirazis, Kilwa commença à étendre son influence pour contrôler Sofala en tant qu’avant-poste sud. En effet, provenant des royaumes du Zimbabwe, les minerais comme l’or ou le cuivre étaient traditionnellement échangés sur les comptoirs du port de Sofala. La consolidation du pouvoir économique s’est poursuivie au XIIIe siècle, le sultanat de Kilwa avait la mainmise sur le commerce d’or extrait des mines zimbabwéennes, attisant la convoitise de l’Europe. La dépendance croissante de l’Europe pour les devises fortes a également stimulé la demande d’or swahili.
Les boutres, les voiliers caractéristiques de l’Afrique de l’Est, partaient de Kilwa et de Sofala chargés de métaux précieux, de céréales, de bois et d’ivoire. En retour, Kilwa importait du coton, de la céramique, de la porcelaine chinoise et de la soie. Ces bienspouvaient être échangés dans un système de troc. Les marchandises qui arrivaient dans les Cités-États swahilies étaient recueillies depuis l’intérieur du continent, y compris en Afrique australe où Kilwa avait un emporium commercial. Au fur et à mesure de son enrichissement, la ville entreprit de frapper sa propre monnaie (en cuivre) dès le XIIe siècle. Il y avait en outre, d’un commun accord, des produits de base en guise de devises comme les lingots de cuivre ou les coquilles de cauris comme dans d’autres royaumes africains.
Les marchandises en provenance d’Afrique comprenaient :
- Des métaux précieux : or, fer et cuivre
- L’Ivoire
- Des tissus de coton
- De la poterie
- Des carapaces de tortues, des cornes de rhinocéros, des peaux d’animaux
- Du Bois (par exemple bois de santal et d’ébène) et de l’encens (encens et myrrhe)
- Des épices, du sel de roche
- Parfums (par exemple ambre gris dérivé des cachalots)
Dans l’autre sens, les marchandises venaient d’Arabie, de Perse, d’Inde, de Chine et d’Asie du Sud-Est.
Les marchandises importées comprenaient :
- De la Porcelaine Ming
- Des Poteries des États musulmans
- Des Bijoux en métal précieux
- De la Soie et autres tissus fins
- De la Verrerie
- Des Perles de verre
- De la Faïence
Enfin, les Cités-États fabriquaient également des biens pour la consommation nationale, tels que la poterie, le tissu et des Siwas finement décorées (les trompettes de cérémonie en laiton, en ivoire ou en bois typiques de la région).

Source : Siwa Side Blown Horn, National museums of Kenya

Source : nationalgeografric.fr, pièce de monnaie frappée à Kilwa par le sultan Sulaiman Ibn Al-Hasan au 14e siècle. British Museum, Londres.
Photographie de SCALA Florence

Source: worldhistory.org, Bol avec dragon en porcelaine Ming, The British Museum (Copyright)
Des structures élaborées virent le jour autour de la ville, construites en utilisant la pierre corail distinctive de l’île.Collecté sur les récifs locaux à marée basse, le corail était travaillé en blocs alors qu’il était encore malléable, puis cimenté avec du mortier. Les murs intérieurs étaient lissés, plâtrés et parfois décorés avec des fragments colorés incrustés de céramique émaillée ou de porcelaine chinoise, ce qui a permis aux archéologues de les dater.
Le règne des Shirazis prit fin en 1277, ils furent remplacés par une famille Afro-Arabe Yéménite, cette dernière inaugura la dynastie Mahdali, qui sera ultérieurement renversée par l’invasion portugaise de 1505.
La côte swahilie semble avoir atteint son apogée au cours de la période médiévale, du XIe au XVe siècle environ.