Partie 4 : les Cités-États Swahilies (suite)

Gouvernement et société

Les villes swahilies étaient indépendantes les unes des autres et généralement gouvernées par un seul dirigeant, mais les détails sur la façon dont ils étaient choisis font défaut, outre certains cas où un souverain nomma son successeur. Au XIIe siècle, les villes étaient administrées par la classe commerçante musulmane aisée. Divers fonctionnaires, tels qu’un conseil consultatif et un juge, étaient tous choisis parmi les plus puissantes familles de marchands.

La structure sociale des Cités-États avait traditionnellement trois niveaux. La classe dominante : gouverneurs, marchands, artisans et titulaires d’une charge religieuse, était composée de personnes d’ascendance mixte arabe et africaine. Le deuxième groupe était composé d’esclaves d’origine africaine d’ascendance non-mixte, et le troisième groupe se composait de commerçants arabes et persans qui ne s’étaient pas installés de manière permanente.

L’Islam

Comme le dit l’historien Philip Dearmond Curtin: « La religion musulmane est finalement devenue l’un des éléments centraux de l’identité swahilie. Être Swahili, dans les siècles suivants, signifiait être musulman ». Il y avait cependant des différences dans les pratiques du culte quotidien entre les musulmans swahilis et les autres musulmans. Par exemple, pour de nombreux musulmans convertis, la pratique consistant à apaiser les esprits qui causaient des maladies et d’autres malheurs continua, tout comme le culte des ancêtres, et dans certains endroits, les femmes jouissaient de plus de droits que ceux conférés par la loi stricte de la charia. Les villes swahilies avaient des cimetières, et de nombreuses tombes, outre le fait d’avoir une unique colonne de pierre commémorative, les tombes contenaient également des biens précieux laissés près du défunt, une pratique très non-islamique.

Source : worldhistory.org, Porte Swahilie, Mombassa, Angelo Juan Ramos (CC BY)

Source: Ruins of the Great Mosque in Gede, Kenya. Auteur: Mgiganteus

L’architecture swahilie, terme utilisé pour désigner toute une gamme de traditions de construction diverses pratiquées ou autrefois pratiquées le long des côtes orientales et sud-est de l’Afrique, est à bien des égards une extension des traditions africaines continentales. Toutefois, des éléments structurels, tels que des dômes et des voûtes en berceau, témoignent de l’influence des régions du golfe Persique et de l’Asie du Sud.

Source: Grande Maison, Kilwa, David Stanley (CC BY)

À Kilwa, notamment, se trouvent les ruines d’un grand palais, le palais Husuni Kubwa (« Grand Fort » en Kiswahili), construit dans les années 1320-30 et situé sur un promontoire de grès. D’une superficie de près de 10 000 m² (un hectare), Le palais tentaculaire combinait les rôles de fort, de château et d’entrepôt. Il comprenait une grande salle d’audience, une cour avec des gradins ou des marches, des plafonds en voûtes, des entrepôts (couvrant la moitié de la superficie du palais) et une piscine. Bien que l’architecture soit semblable aux bâtiments vus à Aden (Yémen) avec ses dômes, pavillons et voûtes en berceau, les architectes de Kilwa ajoutèrent leur propre touche unique en intégrant des pièces de porcelaine chinoise dans la chaux blanche des murs extérieurs à des fins décoratives. Collecté sur les récifs locaux à marée basse, le corail était travaillé en bloc alors qu’il était encore malléable, puis cimenté avec du mortier. Les murs intérieurs étaient lissés, plâtrés et parfois décorés avec des fragments colorés incrustés de céramique émaillée ou de porcelaine chinoise, ce qui a permis aux archéologues de les dater. Le Palais, la Grande Mosquée (dont l’édification commença au XIe siècle, et qui fut agrandie et embellie du XIIe au XVe siècle), et l’attention générale portée à l’architecture de Kilwa, conduisirent l’explorateur et voyageur marocain Ibn Battûta (qui visita la ville vers 1331) à la décrire comme « l’une des plus belles villes du monde ».

Source: Great Mosque Kilwa Kisiwani Wikipedia, auteur: Halidtz

Sur une autre île juste au sud, se trouvait un autre site, appelé Songo Mnara, fondé par le sultanat de Kilwa, et construit selon un plan urbain, avec des lignes épurées et des ornements en pierre de corail. Songo Mnara était certainement un centre d’approvisionnement secondaire pour la cité de Kilwa, l’île abrite encore des élevages et des plantations, principalement de cocotiers. Songo Mnara aurait pu aussi être une résidence secondaire pour quelques notables de Kilwa. Le site fut occupé brièvement du XVe au XVIe siècle, son abandon étant causé par l’intrusion des Portugais dans l’océan Indien.

Source : Songo Mnara, auteur : Ron Van Oers, Copyright : © UNESCO

La majorité de la population de Kilwa était africaine. Une partie de l’élite était originaire des terres islamiques de l’autre côté de l’océan Indien, mais les dirigeants de l’île ne venaient pas directement de ces contrées. Ils appartenaient à des familles Afro-Arabes établies depuis des générations en Afrique.

Selon les récits historiques, un amiral chinois appelé Zheng He, fut envoyé par l’empereur Yongle de la dynastie Ming, afin de consolider des expéditions diplomatiques. Zheng He s’est rendu dans le sultanat de Kilwa et sur la côte swahilie (Malindi, Mombasa, Mogadiscio) entre 1405 et 1433 lors d’un de ses sept célèbres voyages. 

En réponse à l’une de ces explorations, le sultan de Malindi offrit à l’empereur chinois une girafe et d’autres créatures, que les Chinois considéraient comme exotiques, en cadeau.

Des preuves archéologiques de la connexion sino-swahilie sont découvertes encore aujourd’hui. En 2010, des archéologues de Chine et du Kenya découvrirent une pièce de monnaie chinoise datant de la dynastie Ming dans un village non loin de la Cité-État Malindi. En 2013, un autre groupe d’archéologues trouvèrent une pièce similaire sur l’île de Manda (Kenya). Selon un archéologue chinois, ces pièces n’étaient portées que par des émissaires de l’empereur.

Le début de la fin pour les Cités-États swahilies fut l’arrivée de Vasco de Gama en 1498-99. L’explorateur portugais avait navigué audacieusement autour du Cap de Bonne Espérance et avait remonté la côte Est de l’Afrique. Les futurs colons n’avaient qu’un objectif en tête : le contrôle total du réseau commercial de l’océan Indien. Avec des armes inférieures et un manque de coopération entre les Cités-États, la côte swahilie ne fut pas en mesure d’assurer quelque défense que ce soit.

Les Portugais avaient une grande base à Goa, en Inde, et ils espéraient pouvoir contrôler les deux côtés de l’océan Indien. En construisant des forteresses, notamment à Sofala en 1505 et sur l’île de Mozambique en 1507, ils s’assurèrent d’être bien ancrés en Afrique de l’Est. En 1505, Francisco de Almeida occupa Kilwa, mettant fin au sultanat. Dans les années qui suivirent, le Portugal s’empara des pans de l’Afrique de l’est pour contrôler les routes commerciales lucratives de l’océan Indien. Dans leur nouvelle colonie de Kilwa, les Portugais bâtirent Gereza, un fort militaire pour protéger le port. Une de ses tours est toujours debout.

Source : Île de Mozambique, auteur : Bakonirina Rakotomamonjy Copyright : © CRA-terre

Source : Kilwa Kisiwani, auteur : Ron Van Oers, Copyright © UNESCO

Comme très souvent, ils n’avaient aucun intérêt à établir des accords commerciaux, mutuellement avantageux avec les villes swahilies ou les royaumes africains intérieurs, et n’établirent aucune forme d’administration. Ils voulaient tout simplement s’emparer de tout ce qui avait de la valeur au prix le plus bas possible, ou même gratuitement. Tous les concurrents furent balayés, leurs villes rasées et leurs marchandises volées.

À la fin du XVIIe siècle, le Sultanat d’Oman (qui fut partiellement occupée par les Portugais de 1507 à 1650), connut une période d’expansion maritime, principalement dirigée vers la côte orientale de l’Afrique, où ils s’emparèrent à leurs dépens des principaux ports swahilis : Mombasa, Kilwa, Zanzibar et Pemba, ce qui leur permit de contrôler une partie du très lucratif commerce d’esclaves.

Kilwa a été abandonnée au milieu du XIXe siècle, mais l’intérêt archéologique a redonné à l’île un véritable attrait.  

Laisser un commentaire