Les royaumes de Ndongo et de Matamba étaient des civilisations prospères, situés sur les hauts plateaux de l’Angola moderne, près de la côte atlantique. Ces prestigieux royaumes résistèrent farouchement à la colonisation portugaise, et le royaume Matamba s’illustra particulièrement en ce qu’il était souvent gouverné par des femmes.
Lorsque Diogo Cao, (première vague de navigateurs portugais), débarqua sur l’embouchure du fleuve Congo en 1482, il arriva deux ans plus tard dans la confédération des royaumes Ndongo et Matamba. Des manuscrits jésuites présentent Diogo Cao, comme étant surpris de la beauté du pays, du sens de l’organisation sociale de ce peuple, en cette année 1484, « de trouver des gens […] quoique Noirs […] si impeccablement vêtus. Le royaume est administré en 8 provinces extrêmement fertiles d’élevage bovin prospère, habité par une population organisée de manière industrieuse et dont les occupations sont variées: ils tissent du velours de raphia, travaillent l’ivoire, tannent des peaux, fabriquent des ustensiles en cuivre, pratiquent l’extraction de mines et le commerce frontalier est florissant, alors même qu’ils n’avaient jamais été en contact avec la civilisation européenne. »
Mais le grand tournant tragique pour le continent africain survint antérieurement, en 1454, lorsque le Pape Nicolas V, Tommaso Parentucelli (1398-1455), autorisa l’esclavage « Ce 8 janvier 1454, […], le Vatican déclara la guerre sainte contre l’Afrique dans sa bulle papale « Romanus Pontifex ». Par cette bulle, le pape Nicolas V concédait au roi du Portugal Alphonse V et au Prince Henry ainsi qu’à tous leurs successeurs, toutes les conquêtes en Afrique en y réduisant en servitude perpétuelle toutes les personnes, considérées comme infidèles et ennemies du Christ, et en s’appropriant tous leurs biens et royaumes. »


L’Angola actuel était peuplé jusqu’au VIIIe siècle de notre ère par des populations khoïsan (bochimans). Elles furent ensuite refoulées vers le sud par des Bantu, déjà installés depuis plusieurs siècles au Nord du fleuve Congo. Ce fut ainsi que de nouveaux royaumes, organisés en confédération du peuple Mbundu (Pluriel Ambundu ou Akwambundu) émergèrent au XVe siècle. Le noyau original du royaume se trouvait dans les hautes terres à l’est de Luanda, entre les rivières Kwanza (ou Cuanza) et Lucala. Selon la tradition ancienne, Ndongo et Matamba ont été fondés à partir du Kongo, et s’établirent dans la zone située au sud du royaume, dans une région connue sous le nom d’« Ambundo », en référence à sa langue principale, le Kimbundu. Ambundo abritait à l’origine de nombreux petits régimes politiques de dirigeants indépendants qui se battaient pour étendre leur territoire, et le plus prospère d’entre eux était le Ndongo, dirigé par le Ngola Inene. Les rois de Ndongo portaient le titre de Ngola, dérivé du mot local pour le fer, qui donna plus tard son nom à la colonie portugaise d’Angola.

Ngola Kiluanji Kia Samba (r.1515-1556) succéda à Ngola Inene. Il établit sa capitale à Kabasa et étendit le contrôle de Ndongo sur les terres au nord de la rivière Kwanza, plaçant davantage d’États Ambundo sous son orbite et loin du Kongo, bien qu’étant toujours sous la suzeraineté nominale de ce dernier.
Les Portugais avaient commencé à faire du commerce autour de Luanda et en amont du fleuve Kwanza, ce qui provoqua la colère du roi Alfonso du Kongo, qui était opposé à leur implication dans le Ndongo qu’il considérait comme un vassal. Dans les années 1520, le souverain du Ndongo envoya une ambassade au Portugal afin d’établir des relations diplomatiques similaires à celles qu’entretenaient le royaume Kongo. Au milieu du XVIe siècle Ndongo s’imposa comme une puissance régionale, son armée combattait le roi de Benguela, situés dans les Hauts-plateaux du centre du pays, ainsi que d’autres royaumes frontaliers, afin de consolider sa souveraineté territoriale. Cependant, l’attention favorable que le Ngola recevait des marchands portugais provoqua la colère du Mani Kongo, qui en 1556 envoya une armée contre le royaume de Ndongo. Les forces du Ngola remportèrent la bataille, l’encourageant à déclarer son indépendance du Kongo.
Le royaume de Ndongo était au milieu du XVIe siècle un État relativement centralisé par rapport aux régimes politiques Ambundo précédents qu’il avait englobés, mais moins par rapport au royaume Kongo. Son administration se composait de provinces centrales gouvernées par des rois subordonnés contrôlant les régimes politiques conquis, et dans ses périphéries se trouvaient des rois subordonnés qui envoyaient des soldats et des tributs mais disposaient par ailleurs d’une souveraineté locale.
Les sujets de Ndongo comprenaient principalement les « ana murinda » (citoyens), qui payaient des impôts/tributs, et les « kijiko » (serfs) qui étaient à la charge des citoyens, vivant dans leurs propres villages et cultivant à la fois pour eux-mêmes et pour la cour royale.
L’économie de Ndongo reposait en outre sur l’agriculture, avec un élevage de bétail nettement plus important qu’au Kongo et une petite industrie spécialisée dans le textile.
En 1560, une nouvelle mission portugaise débarqua à Ndongo, guidé par Paulo Dias de Novais et incluant des missionnaires jésuites. Paulo Dias de Novais se présenta comme un ami envoyé par la couronne du Portugal, pour développer des relations commerciales et offrir les compétences et connaissances des missionnaires dans les royaumes Ndongo et Matamba. Loin d’être dupe, sa Majesté le Ngola Kiluanje kia Ndambi autorisa leur présence, tout en les espionnant attentivement. L’expédition portugaise se solda par un échec, lorsqu’en 1565 Paulo Dias de Novais fut sommé par le Ngola de quitter le territoire, des prêtres jésuites furent même emprisonnés.

Au XVIe siècle, la France et l’Angleterre menaçaient la position du Portugal dans la traite transatlantique d’esclaves, ce qui incita les Portugais dix ans plus tard en 1575, à faire le voyage retour à bord des caravelles de Paulo Dias de Novais. Mandaté par la couronne portugaise pour créer une colonie sur la côte au sud du Kwanza, cette deuxième expédition eut un peu plus de succès depuis qu’une crise de succession à Ndongo qui a vu Ngola Kilombo (r.1575-1592) monter sur le trône, incita le roi à demander l’aide de Novais pour réprimer les rébellions dans la province d’Ilamba. Mais tout comme le Mani Kongo Alvarol’avait fait, le Ngola Kilombo, se retourna contre les Portugais dès qu’il fut en sécurité.
Avec l’aide du Kongo, Dias de Novais fut capable de conquérir les zones autour de Luanda et la rive nord du Kwandza, s’appuyant sur sa puissance navale et persuadant les sobas (chefs locaux qui dirigeaient les provinces et une litanie de fonctionnaires) de s’allier à lui contre Ndongo. De la sorte, les Portugais parvinrent à s’emparer de la côte maritime, et consolidèrent leur pouvoir en fondant en 1576 São Paulo da Assunção de Loanda (Luanda). La colonie fut appelée Angola, du titre du roi du Ndongo. Ils s’approprièrent l’endroit au nom du Roi du Portugal et du pape puis en firent une escale d’approvisionnement en esclaves pour entretenir leur territoire au Brésil. Ainsi débuta la longue guerre du Ndongo contre les Portugais, lorsque les habitants du royaume comprirent les intentions des nouveaux visiteurs, le souverain de l’époque n’hésita pas à envoyer ses soldats faire face aux conquistadors.
Trois facteurs essentiels permettent d’expliquer le projet de conquête territoriale défendu par le Portugal. La première raison était les importantes mines d’argent que la couronne portugaise pensait trouver dans l’hinterland. La deuxième raison fut d’ordre religieux et correspondait à deux projets soutenus par les Jésuites, qui jouèrent un rôle central dans la création de la colonie portugaise d’Angola : ils envisageaient une route terrestre pour rallier « le royaume chrétien du prêtre Jean », situé en Éthiopie, et ils comptaient atteindre, toujours par voie terrestre, la côte orientale de l’Afrique et les mines d’or du royaume du Monomotapa. En même temps que fut lancé le projet de conquête de l’Angola, des missionnaires jésuites furent envoyés au Mozambique pour rejoindre le royaume du Monomotapa depuis la côte de l’océan Indien. Enfin, le troisième facteur est en lien avec la situation politique et sociale du Portugal. La conquête de terres devait permettre de satisfaire les ambitions des membres de la petite et de la moyenne noblesse portugaise, qui ne pouvaient pas prétendre à la possession de terres en Europe en raison de leur rang social.
Les Portugais réussirent, non sans peine, à ériger quelques fortifications à l’intérieur des terres (Massangano). Novais s’allia avec les rebelles de Ndongo à Ilamba et dans d’autres provinces proches de la côte, ce qui incita Ndongo à les attaquer en 1585. Lors de cette désastreuse bataille, Ilamba passa sous contrôle portugais. Le royaume de Matamba réapparaît également à ce stade dans une coalition avec Ndongo, et les deux armées, dirigées par le Ngola Kilombo, anéantirent presque les Portugais sur la rivière Lucala en décembre 1589, les forçant à retourner à Massangano. Novais fut remplacé par Luis Serrão comme gouverneur de Luanda après sa mort en 1589, et ce dernier poursuivit les plans de ses prédécesseurs pour coloniser Ndongo. Dans l’impasse, un accord de paix est signé vers 1599,établissant la frontière entre la colonie portugaise et Ndongo.

La colonie de l’Angola, dirigée par un gouverneur nommé tous les trois ans par Lisbonne, était divisée entre la ville de Luanda et quelques presidios (colonies de peuplement). Luanda était régie par un conseil municipal et un gouverneur, tandis que des capitaines militaires administraient les territoires avoisinant leurs presidios. La structure administrative était féodale au sens strict du terme, il en découlait des contrats de vassalité qui liaient les sobas à la cour portugaise, en passant par des amos (seigneurs portugais).
Les successeurs de Dias firent des progrès lents sur la rivière Kwanza, rencontrant une résistance africaine constante.
En 1603, les lorsque les Portugais atteindront la région de Cambambe, ils pensaient y trouver d’importantes mines d’argent. Ils ne découvrirent finalement que de modestes gisements de cuivre. En tenant compte de cette réalité, la couronne modifia sa politique et chercha à mettre officiellement fin à la conquête territoriale. Ce changement de politique fut exprimé dans l’instruction de Manuel Pereira Forjaz, nommé gouverneur d’Angola en 1606. La capture d’esclaves, qui avait été accessoire à la quête des mines, devint alors la principale motivation économique de l’expansion et de l’extension de l’autorité portugaise.
Dorénavant, les opérations militaires de l’administration coloniale devaient être des guerres « justes », menées uniquement dans un cadre défensif. Dans les faits, la progression territoriale portugaise se poursuivit jusqu’à la fin des années 1620, notamment sous la pression des officiers de l’armée portugaise qui, intéressés par des gains immédiats, en raison de leurs faibles salaires, menaient des actions punitives afin d’obtenir des esclaves. Entre 1617 et 1620, une grande partie du cœur du Ndongo fut vidée de sa population. Beaucoup de ses habitants ont été vendus dans des plantations au Brésil et en Amérique espagnole.
Ndongo fut confronté une nouvelle fois à une crise de succession après la mort du roiKilombo, auquel succéda Mbandi a Ngola Kiluanji (r. 1592-1617). Durant cette période, Mbandi a Ngola Kiluanji, travaillait à centraliser son autorité pendant qu’il combattait les portugais. Il fut tué en 1617 par des rebelles lors d’une révolte. Et tandis que le conseil électoral avait choisi son propre successeur, l’un des fils du roi défunt nommé Ngola Mbandi s’empara du trône, éliminant tous les nobles qui s’opposaient à lui.
Sentant l’opportunité de conquérir Ndongo, les Portugais formèrent une alliance avec une nouvelle force politique en maraude appelée Imbangala (ou Jaga), et un candidat rival au trône, qui leur avait permis de construire un fort à Ambaca (le contrôle le plus éloigné de l’intérieur). Très minoritaires, les Imbangala constituaient une sorte d’aristocratie militaire dirigeant des troupes de diverses origines. Attaquant toujours par surprise, coutumiers des embuscades, très disciplinés, ils avaient la capacité de se disperser ou se regrouper très rapidement. Ce groupe de guerriers s’établirent près du fleuve Kwango, à la suite de changements survenus au sein du royaume Lunda, alors en pleine expansion, chassant la population de la région qui émigra jusqu’au Kasaï. À ces bandes se mêlèrent des marginaux venus de l’arrière-pays de Benguela.
En 1621, les forces combinées des troupes portugaises et Imbangala, attaquèrent le cœur du Ndongo, contraignant le Ngola à fuir la capitale pour se réfugier sur une île de la rivière Kwanza.
Profitant de l’arrivée d’un nouveau gouverneur à Luanda (le vice-roi Joao Correia De Sousa), le Ngola Mbandi demanda la paix en 1622, envoyant comme émissaires ses trois sœurs Nzinga Mbandi (Njinga Mbandi), Mukambu Mbandi (Barbara) et Kifunji Mbandi. Njinga s’illustra comme une négociatrice et une diplomate hors du commun.
D’après certains récits, le gouverneur portugais ne lui aurait pas offert de chaise mais un tapis de sol pour les négociations, traitement réservé aux subordonnés dans les coutumes locales. Ne voulant pas accepter cette humiliation, elle ordonna à l’un de ses serviteurs de se mettre à quatre pattes par terre pour pouvoir s’asseoir sur son dos pendant les négociations. Par cet acte manifeste, elle affirma son statut d’égale au gouverneur, et non d’inférieure. Njinga surprit Joao Correia de Sousa par son éloquence linguistique et sa fermeté. »À la fin de la négociation, le vice-roi proposa que le Matamba se mette sous la protection du roi du Portugal. Cette proposition sous-entendait en réalité que le royaume de Matamba devait dorénavant payer un impôt de vassalité consistant en la livraison de douze à treize mille esclaves par an à l’administration coloniale ! A cette proposition indécente, Njinga répondit ceci : «Sachez, Monsieur, objecta-t-elle, que si les Portugais ont l’avantage de posséder une civilisation et des savoirs inconnus des Africains, les hommes du Matamba, eux, ont le privilège d’être dans leur patrie, au milieu de richesses que malgré tout son pouvoir, le roi du Portugal ne pourra jamais donner à ses sujets. Vous exigez tribut d’un peuple que vous avez poussé à la dernière extrémité. Or vous le savez bien, nous paierons ce tribut la première année et l’année suivante nous vous referons la guerre pour nous en affranchir. Contentez-vous de demander maintenant, et une fois pour toutes, ce que nous pouvons vous accorder ».


Njinga parvint ainsi à obtenir un traité de paix avec le Portugal et se convertit au christianisme, adoptant le nom de Dona Anna de Sousa, sans doute pour raffermir ces liens diplomatiques.

À la mort de Ngola Mbandi en 1624, Njinga prend le pouvoir à Ndongo, d’abord comme régente de son neveu de 7 ans, puis comme reine en 1626.

Face à Njinga, se dresse principalement Ngola a Hari, roi fantoche soutenu par les Portugais qui l’intronisèrent depuis Mpungu (Pungo), provoquant ainsi une guerre civile. Cette nouvelle alliance envahit Ndongo en 1626, contraignant Njinga à quitter sa capitale pour Matamba.
Matamba l’ancien allié de Ndongo servit de base principale à Njinga, et fut placé sous son contrôle en 1630. Elle lança ensuite une reconquête de Ndongo en affrontant les Portugais dans plusieurs batailles et escarmouches presque chaque année de 1630 à 1650. Pour prix de son alliance, Ngola a Hari accepta de se convertir au catholicisme en 1627 sous le nom de Filipe de Sousa régnant depuis sa base montagneuse fortifiée de Pungo a Ndongo. Au cours des offensives dans les années 1630, Kasanje le chef des Imbangala édifia un État dans la vallée du Kwango, le royaume de Kasanje (ou Cassange).
Pendant ce temps, Njinga constitua une armée d’une grande puissance composée d’esclaves en fuite, de soldats africains entraînés par les Portugais et de guerriers Imbangala (Jaga). C’est grâce à un sens de la stratégie militaire, de la tactique (elle favorisa plus les attaques surprises que les guérillas) et de la diplomatie que Nzinga Mbandi, teint tête aux Portugais et continua à mener elle-même ses troupes à la bataille. Elle a également pris un décret établissant son royaume comme un refuge pour les esclaves en fuite. C’était une stratégie qui lui a valu l’admiration et des sujets fidèles pour repousser les Portugais. Dès lors, elle s’impose comme une souveraine exceptionnelle. Ses qualités de diplomate, sa capacité à tisser de multiples alliances stratégiques, enfin sa connaissance des enjeux commerciaux et religieux, lui permettront d’opposer une résistance tenace aux projets coloniaux portugais et ce jusqu’à sa mort, en 1663.

Njinga tira profit de la rivalité européenne et s’allia aux néerlandais pour reprendre le pouvoir sur Ndongo. Les Hollandais prirent Luanda en 1641 et occupèrent une vaste partie de la colonie angolaise avant qu’une flotte, armée au Brésil, dirigée par le gouverneur brésilien Salvador de Sá au nom des Portugais, ne les en chasse en 1648. Dès lors, les Brésiliens dominèrent le commerce de l’Angola, totalement jusqu’en 1730 et partiellement par la suite.
Le gouverneur de Luanda finit par signer un traité de paix avec Njinga, établissant la frontière son royaume et la colonie portugaise d’Angola, libéra sa sœur en 1656, et retira son soutien à son rival Ngola a Hari.

Cet accord lui permit de protéger son royaume contre ses ennemis des royaumes rivaux, et à libérer certains hommes du peuple Mbundu qui étaient retenus captifs par des marchands d’esclaves. En échange, la reine devint chrétienne une seconde fois, elle ouvre temporairement le royaume aux missionnaires portugais et instaure l’égalité entre elle et le gouverneur portugais.
Après la guerre, elle tenta de reconstruire son pays, de réinstaller d’anciens esclaves et, n’ayant pas de fils, de gérer sa succession. Son commandant supérieur, Njinga Mona, un Imbangala, devenu son bras droit, était attendu pour lui succéder.
« Le royaume Congo commerçait avec le royaume de Matamba, et leurs annales historiques ont rapportés que cette contrée appelée « a-ngola », signifiait : le pays du roi Ngola. Le nom de ce souverain était très respecté. Il y avait une Cour avec des notables, des princes et des princesses, une armée curieusement dirigée par une femme, la fille du roi, qu’on appelait la reine Zingha, jeune et d’une beauté stupéfiante. Dans cette armée les femmes tenaient un grand rôle.»


Le successeur de Filipe, son fils, se révolta plus tard contre les Portugais : il fut vaincu en 1671 et ses terres furent intégrées à la colonie portugaise d’Angola
À l’exception d’une bataille avec Kasanje en 1661, le royaume de Ndongo-Matamba resta en paix jusqu’à la mort de Njinga en 1663. Le précédent qu’elle a créé a produit une dynastie de femmes tout aussi remarquable avec au moins 6 reines régnantes lui succédant ; un nombre exceptionnel dans l’histoire du monde.

Njinga fut remplacée par sa sœur Barbara qui, déjà âgée, ne régna que brièvement jusqu’en 1666, date de sa mort. Un conflit de succession impliquant un ensemble complexe d’alliances amena Njinga Mona brièvement au pouvoir jusqu’en 1669, date à laquelle il fut évincé au profit du mari de Barbara, João Guterres Ngola Kanini. À la mort de ce dernier, Njinga Mona, le très puissant général Imbangala de Nzinga accéda de nouveau au trône avant d’être remplacé par Francisco Guterres Ngola Kanini le fils de Barbara et Joao en 1669.
De 1681 à 1721 Verónica Guterres Ngola Kanini succéda à son frère Francisco. Ndongo-Matamba lutta contre le royaume voisin de Kasanje pour le contrôle de la vallée de la rivière Kwango jusqu’à ce que la reine Verónica Guterres Ngola Kanini règle les problèmes frontaliers royaume.
Dans l’ensemble, les relations avec le Portugal se pacifièrent. Néanmoins, cette concorde fut rompue par la guerre en 1744, lorsque les troupes portugaises envahirent Matamba avant de se retirer, entraînant l’imposition d’une relation nominale de vassalité à la reine Ana II Guterres da Silva Ngola Kanini(r.1742-1756). Sa fille Verónica II (r. 1756-1759) lui succéda au trône.
Dans un conflit de succession après la mort d’Ana III Guterres en 1767 ((1759-1767 sœur de Verónica II), le royaume se retrouva divisé en deux par une rivalité entre son neveu Francisco II Kaluete ka Mbandi et sa fille Kamana (1767-1810). Une réunification eut lieu par la suite sous le règne du fils de Kamana ;
La succession de Verónica a marqué la continuation du règne féminin commencé par Njinga, puisque ses successeurs comprenaient les reines ; Ana II (r.1742-1756), Verónica II (r. 1756-1759), Ana III (1759-1767) et Kamana (1800-1810). La campagne de 1744 sera la dernière invasion majeure du Matamba jusqu’en 1909.
Des millions de personnes seront capturées, réduites en esclavage et traverseront enchaînées l’Atlantique à bord des navires négriers. Dès la fin du XVIIe siècle, avec la découverte de l’or au Brésil, l’Angola supplante la Guinée comme principal fournisseur d’esclaves, devenant ainsi « la mère noire » du Brésil. Au XVIIIe siècle, près de 70 % des esclaves de la traite portugaise proviennent ainsi de l’Angola. Au début du XIXe siècle, celui-ci demeure le principal centre portugais de la traite des esclaves, assurant encore près de 45 % de ce trafic qui connaît un nouvel essor à partir des années 1830, avec le développement de la culture du café dans le sud-est du Brésil.
Pris en 1836 par Sá da Bandeira, le ministre portugais de la Marine et de l’Outre-mer, le décret interdisant la traite négrière à partir des territoires portugais est suivi de peu d’effets, malgré les pressions exercées par les Britanniques, alliés et puissance tutélaire traditionnels du Portugal depuis le XIVe siècle. Il faut attendre près d’une quarantaine d’années pour que cesse ce trafic, l’esclavage n’étant officiellement aboli par le Portugal qu’en 1878. Les colons continuèrent à exporter d’Angola de l’or, de l’ivoire, de la gomme et des matières médicinales, du fer, du cuivre, de la cire, du miel, de l’huile de palmier, etc. C’est Livingstone qui en signalera le potentiel pétrolifère.



Source : Plymouth Chapter of the Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (Public Domain)
Au cours du XIXe siècle, en particulier après 1830, les Portugais ont commencé à empiéter sur les provinces occidentales de Matamba dans le but d’étendre leurs plantations de café, ce qui a conduit à la création d’un fort à Duque de Bragança (aujourd’hui Calandula) en 1838. Matamba a participé à un certain nombre de guerres pour arrêter l’expansion portugaise dans les années 1890, mais le royaume est devenu le centre d’une expédition portugaise en 1909 et a finalement été intégré à la colonie portugaise d’Angola.
