Les autres royaumes Congolais: Partie 1 L’Empire Luba


À partir du XVe siècle, l’intérieur de l’Afrique centrale a été témoin de la floraison d’États remarquables.


Source : Université Populaire du Pays Salonais CYCLE HISTOIRE DU MONDE 2015-2016 1789-1914

Source: Kingdoms and Polities of the South-Central African Interior, c. 18th–19th century. oxfordre.com/ Oxford Research Encyclopedias


L’empire Luba était l’un des royaumes africains les plus renommés. Les archéologues révèlent que la zone dans laquelle se trouvait le cœur de l’empire, autour des sources de la rivière Lualaba, était probablement habitée dès le Vᵉ siècle de notre ère. Le travail du fer et du cuivre fit la prospérité de la région à partir du VIIIe siècle. Au IXe siècle, les populations utilisaient une monnaie de cuivre cruciforme, la croisette, et façonnaient des poteries d’un style qui paraît classique.


Lingot de monnaie de cuivre, Royaume Luba
The British Museum (CC BY-NC-SA)

Le nom Luba s’applique à une variété de groupes qui, bien que d’origines différentes, partagent étroitement des langues apparentées, présentent de nombreux traits culturels communs et partagent une histoire politique commune fondée sur les origines et la désintégration des empires Luba. Tous sont historiquement, linguistiquement et culturellement liés aux autres peuples du Congo. Selon certaines traditions, c’est le petit royaume Kalundwe, fondé entre les fleuves Luembe et Lubilash par une coalition de trois clans, qui a été le précurseur du royaume Luba.

L’essor de l’agriculture, les compétences dans le travail du fer, et le commerce de métaux tels que le cuivre permirent aux Baluba de former un royaume qui s’étendait à travers et hors de la dépression de l’Upemba dans ce qui est aujourd’hui le sud-est de la République Démocratique du Congo (province anciennement appelée Katanga).

Ce fut ce système politique sophistiqué qui émergea au Katanga, avant de se diffuser largement dans une partie de la savane méridionale, pratiquement du Kwango au Zambèze.

Le premier Empire Luba, fondé à la fin du XVe siècle, résultait de la fusion de plusieurs clans sous l’autorité d’un chef unique (les autres royaumes Luba : Kikondja, sur la rive du lac Kisale et, à l’ouest, celui des Kaniok et celui des Kalundwe). Basé sur le double principe de la royauté sacrée (Balopwe) et du gouvernement par le Conseil, le modèle Luba de l’art de gouverner sera adopté a posteriori par le peuple Lunda et se répandra dans toute la région qui est aujourd’hui le nord de l’Angola, le nord-ouest de la Zambie et le sud de la République démocratique du Congo.

L’un des emblèmes du pouvoir royal luba était les cloches doubles en fer qui témoignent de la capacité à fabriquer des feuilles de fer et à souder des métaux. Ces cloches, produites dans toute l’Afrique centrale, sont un autre indicateur de la diffusion des idées dans la région.


Source : Cloche rituelle Luba, http://www.bruno-mignot.com

Source : Cloche rituelle Luba, http://www.bruno-mignot.com

Selon le mythe fondateur, le premier roi Luba Nkongolo (qui signifie Arc-en-ciel) était plutôt despotique. Ce dernier avait deux sœurs, dont le rôle sera déterminant pour l’ascension du peuple Luba.

En excursion près du lac Boya, les sœurs du roi firent la rencontre d’un chasseur aristocratique originaire de l’est, appelé Ilunga Mbidi (ou Ilunga Mbili) Kiluwe. Elles le présentèrent à Nkongolo, à qui il enseigna tous les usages de la monarchie sacrée (Balopwe). Réciproquement, Nkgongolo accorda ses sœurs en mariage à Ilunga Mbidi, qui aura deux garçons avec elles : Kalala Ilunga et Tchibinda Ilunga.

Ainsi, Ilunga Mbidi contribua à l’expansion du royaume aux côtés de Nkongolo, se démarquant sur les champs de bataille.

Ce succès qui commençait à faire ombrage au roi, entraîna un certain nombre de complots visant à éliminer Ilunga Mbidi.

Averti par ses épouses, Ilunga Mbidi préféra quitter le royaume, laissant derrière lui ses héritiers. Ultérieurement, Kalala Ilunga se querella avec son oncle et partit à la recherche de son père. Lorsque ce dernier fut retrouvé, il dota son fils d’une armée, lui permettant ainsi de revenir dans le royaume pour déposer son oncle Nkongolo, et ainsi édifier un empire Luba fondé sur des principes justes.

La réputation et le prestige de cet empire furent tels que de nombreux autres États de la région revendiquèrent un illustre ancêtre Luba.

À l’origine matrilinéaire, la société Luba s’organisa en patrilignage à partir du XVIe siècle.

La royauté Luba reposait sur le principe de Balopwe, qui assoie son caractère sacré, et le principe du gouvernement par l’intermédiaire d’un Conseil fermé. Cette sacralité se situait dans le sang régnant.

L’empire était administré depuis la capitale Mwibele près du lac Boya, dont le tracé même reflétait cette structure : résidence royale, résidences des fonctionnaires titrés des deux sexes, séparées selon la fonction (militaire, civile).

Aucun candidat à un poste politique ne pouvait recevoir son titre sans être devenu membre de la société Bambudye, une puissante société secrète qui aidait le roi à gouverner. Le fonctionnement de la Bambudye n’a jamais été révélé, mais son rôle consistait à exercer un contrôle à la fois religieux et séculier sur le pays et même sur le roi.

L’administration territoriale était entre les mains des bilolo (sing. kilolo), responsables chacun d’une région, en général chef de lignage.

Choisis normalement par les habitants de la région et issus de la famille dirigeante du district, les bilolo voyaient leur fonction confirmée par la Cour, même s’il n’était pas rare que cette dernière impose un kilolo, auquel cas, il s’agissait généralement d’un parent proche du roi.

L’administration centrale supervisait la collecte du tribut, organisait l’armée (chargée de lever ce tribut par la force) et conseillait le roi par l’intermédiaire du Conseil des notables. En outre, ces fonctionnaires, ainsi que d’autres probablement, participaient aux réunions du Bambudye qui avait des ramifications partout.

Le titre de Mulopwe signifie l’indivisibilité du pouvoir, le pouvoir qui ne peut être partagé. Les insignes du pouvoir soulignaient le caractère unique et la suprématie du souverain ainsi que sa condition de simple titulaire de la charge : le Mulopwe n’était qu’un roi dans une lignée de rois. Ceux qui l’avaient précédé étaient de puissants ancêtres avec leurs lieux de dévotion et s’exprimaient par la voix des femmes attachées à ces lieux.

Les fonctionnaires veillaient au versement du tribut sous forme de mingilo (corvée), des impôts payables en nourriture, en produits locaux tels que sel, fer, raphia, paniers, etc.) ou de présents offerts lors de l’investiture de dignitaires.

Les ressources en sel et en métaux de la région favorisèrent le commerce, le mélange de populations et l’émergence de grosses agglomérations.

On pratiquait également la pêche dans les lacs et les rivières, ainsi que l’élevage d’animaux tels que les porcs et les bovins à cornes. L’exploitation des gisements locaux de fer et de cuivre se poursuivait. Le commerce luba s’étendait aux forêts d’Afrique centrale, jusqu’au sud du Zimbabwe, et à l’est jusqu’à la côte, d’où les marchandises allaient et venaient à travers l’océan Indien.

Plus l’agriculture et le commerce prospéraient, plus les excédents de production étaient importants, ce qui permettait aux citoyens les plus riches de se libérer du travail et de se consacrer à la construction de systèmes de gouvernance étatique.

En raison de leur statut divin, les rois Luba sont devenus des divinités à leur mort et les villages d’où ils régnaient ont été transformés en sanctuaires vivants consacrés à leur héritage.

Parmi les composantes les plus importantes de la religion luba, trois personnages importants constituent le monde surnaturel : Lesa (Dieu suprême), divers esprits et bankambo (ancêtres). Dans le monde des vivants, les figures principales sont le prêtre, le nganga (guérisseur) et le mfwitshi (le sorcier, incarnation du mal et antithèse de la volonté des ancêtres).

Les activités religieuses comprennent les prières, les chants et formules de louange, les danses, les sacrifices, les offrandes, les libations et divers rituels, y compris le nettoyage ou la purification et les rites de passage. Outre les prières et les invocations, les moyens de communication avec le surnaturel comprennent l’interprétation des rêves et surtout la pratique de la divination pour consulter la volonté des ancêtres avant toute décision importante ou pour connaître les causes d’un malheur.

Bien que la notion luba de Balopwe soit enracinée dans le concept de royauté divine, personne dans la pratique n’identifiait le roi au Dieu suprême à l’époque de l’empire Luba. Le pouvoir n’a jamais été personnel ; il était exercé par un corps de plusieurs personnes. Les Luba ont compris que le pouvoir du roi devait être limité et contrôlé pour garantir le bien-être du peuple. Ainsi, l’empire Luba était régi par une constitution orale basée sur la volonté des ancêtres.


Kalala Ilunga a été crédité de l’introduction de techniques avancées de forgeage du fer chez les peuples Baluba. Par conséquent, des haches et des lances en fer forgé habilement étaient des symboles importants de la domination dans l’empire Luba.


Source : http://www.metmuseum.org

Source : http://www.metmuseum.org Bâton de cérémonie Kibango: fleuron féminin assis


Dans la société Luba, le corps des femmes est considéré comme le réceptacle ultime du pouvoir spirituel et les préceptes de la royauté divine sur lesquels s’appuient les dirigeants Luba. Par conséquent, les représentations de la forme féminine sont représentées dans le cadre d’une riche variété d’insignes de leadership Luba. La figure au sommet du bâton représente l’esprit du roi logé dans le corps féminin. Ses bras croisés attirent l’attention sur ses seins, qui contiennent les principes de la royauté divine, tandis que sa peau superbement décorée et sa coiffure élaborée suggèrent la réussite sociale.


Source : Cuillère Luba-Hemba janiforme

http://www.galerie-art-africain.com

Le royaume Luba, dont le cœur se situait autour du lac Boya, s’étendit considérablement au XVIIIe siècle grâce à l’armée d’un souverain en particulier, le roi Kadilo, qui régna à partir de 1700 environ.

Par conséquent, l’État absorba progressivement le royaume de Kikondja au sud, le royaume de Kalundwe à l’ouest et un certain nombre de tribus au sud-est de la région. Cette conquête militaire conduisit des populations à quitter la région pour conserver leur indépendance, notamment les peuples du bassin inférieur de la rivière Luvua qui fondèrent l’État Shila près du lac Mweru.

Jusqu’en 1840, une expansion territoriale supplémentaire se produisit sous le règne de Kumwimba Ngombe. Ce dernier a étendu l’Empire au nord et en particulier à l’est, vers le lac Tanganyika et les tronçons plus septentrionaux de la rivière Lualaba.
Le royaume connut un tel succès que les peuples de toute la région du centre et de l’est de la Zambie et du Malawi affirmèrent que leurs propres rois descendaient de ceux des Baluba. Un royaume voisin, situé dans le haut-Kasaï fut particulièrement influencé en termes de traditions, d’institutions et de symboles, il s’agit du royaume de Ruund, fondé vers 1500. Les deux royaumes finiront par établir une relation bilatérale en matière d’échanges interculturels.

Après une période faste au XVIIIe siècle, une série d’assassinats déchire la famille royale et déstabilise l’Empire au XIXe siècle.

Le royaume se maintint jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais il fut submergé, comme tant de cultures africaines, par l’arrivée des colons européens. Dans le cas Luba, leur ennemi juré était les Belges, qui prirent le contrôle de cette partie de l’Afrique vers 1885 et créèrent ce qui devint le Congo belge (1908-1960).

La pénétration étrangère dans le pays luba avait commencé dès 1840, quand des commerçants venus de Zanzibar ont atteint les territoires sis entre le lac Tanganyika et la rivière Lualaba pour y capturer des esclaves et de l’ivoire.

Ce fut ainsi qu’au dernier tiers du XIXe siècle, sous l’impact du commerce à longue distance qui s’établit avec l’Angola à l’ouest et la Tanzanie à l’est ; on assistera à l’effondrement de cet État, conséquence des guerres contre les Chokwe et des effets de la traite des esclaves par les Arabo-swahilis dans la région.


Source : Attaque d’esclavagistes au marché de Nyangwe le 15 juillet 1871. The Last Journals of David Livingstone, in Central Africa, from 1865 to His Death, Volume II (of 2), 1869-1873

Depuis 1870 environ, les Ovimbundu étaient les principaux transporteurs du commerce extérieur du sud du Katanga, où M’siri un marchand-guerrier du peuple Yeke (peuple Nyamwezi en Tanzanie), avait inauguré un nouvel État de conquête : Garenganze.

Le poisson Luba était pêché comme sous-produit du commerce entre l’Angola et Garenganze. Exploitant les divisions internes des Baluba et leur manque de familiarité avec le commerce extérieur, les Ovimbundu se sont rapidement imposés comme les intermédiaires dominants entre les rivières Lualaba et Lomani. Les guerres civiles qui ont accompagné chaque succession royale (une faiblesse structurelle majeure de l’État Luba) sont devenues particulièrement destructrices, les différentes factions Luba s’appuyant sur le soutien d’opérateurs angolais concurrents. À la fin des années 1880, après une quinzaine d’années de combats entre factions et d’intenses pillages d’esclaves, l’ancien État Luba avait pratiquement cessé d’exister. Alors que les régions périphériques ne reconnaissaient plus l’influence du centre, le centre lui-même était désormais divisé entre parties belligérantes et en proie à un cycle de violence qui ne montrait aucun signe de ralentissement.

L’empire Luba a été fragmenté par la colonisation belge entre 1880 et 1960, et l’effondrement de l’empire a entraîné le développement soit de petites chefferies, soit de petits groupes lignagers locaux autonomes.


Histoire générale de l’Afrique, VI: L’Afrique du XIXe siècle jusque vers les années 1880
Comité scientifique international pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique UNESCO

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