Index Empire Mandingue Quelques Aspects économiques et socioculturels

Démographie

L’empire du Mali était cosmopolite et ce fut dans ce cadre multiethnique que les souverains Mandingues surent faire converger les différentes civilisations soudano-sahéliennes.

L’expansion progressive de l’Empire a eu pour conséquence une très grande diversité de sa population, on peut citer de façon non exhaustive les principaux groupes ethniques composant la société :

  • Les nomades et éleveurs qui vivaient sur un territoire couvrant les principales salines de Teghazza (extrême nord du Mali) à Oualata (sud-est de l’actuelle Mauritanie). Cette région englobait les ethnies Berbères et Touaregs.
  • Les Sahéliens qui occupaient les cités de Tekrour, Aoudaghost, Kumbi-Saleh, Oualata et Tombouctou. Concentrés à l’intérieur de la boucle du Niger, on retrouvait les Peuls ou Foulbé, les Toucouleurs, Soninké (Sarakollé) et Songhaï.
  • Les peuples des régions tropicales au sud du Sahel, avec d’ouest en est les Wolof, les Mandenka/ Malinké, ainsi que les Bambara.
  • Les Dogon, ethnie de l’ensemble montagneux du sud-est, entre la région de Mopti et les falaises de Bandiagara.
Village Dogon
Source : dinosoria.com
Danse rituelle Dogon
Source : dinosoria.com
Petite fille Dogon
Source : dinosoria.com
Femmes Touaregs
Source : peuplesdumonde.voyagesaventures.com

Spiritualité et Religion

Il semble évident que l’arrivée de l’Islam eut un impact profond sur l’idéologie de l’État malien. Et pourtant, plutôt que de remplacer les croyances et pratiques déjà existantes, il s’est formé un système flexible, une sorte de syncrétisme adapté à la propre diversité de l’Empire.

Des mosquées ont été construites telles que les mosquées Sankoré, Djinguereber et Sidi Yahya à Tombouctou, bâties entre les XIIIe et XVe siècles, et des cimetières musulmans avec des pierres tombales inscrites, comme les stèles du XIe au XIVe siècle trouvées à Gao et Saney.

Dans les écoles et universités coraniques, dont la réputation dépassait largement les frontières soudanaises ; les études incluaient en dehors de la théologie : l’histoire, la géographie, l’astronomie, et la médecine. En outre, de grandes bibliothèques furent construites avec des dizaines de milliers de livres et de manuscrits, dont bon nombre existent encore de nos jours.

Manuscrits de Tombouctou

Economie

Ibn Battuta a insisté sur l’abondance de vivres au Mali où le voyageur selon lui n’avait       pas besoin de faire des provisions, car à chaque village, il trouvait des vivres en quantité.

L’un des piliers de l’économie Mandingue reposait sur l’agriculture et La culture du coton. Une majorité de la population était impliquée dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, la chasse.

En effet, le fleuve Niger permit d’avoir une terre fertile, sans compter les précipitations annuelles suffisantes de la région.

Les cultures les plus répandues étaient celles du riz, des céréales, du mil, des légumineuses telles que les tubercules, les plantes oléagineuses et à fibres, ainsi que les fruits.

L’élevage était surtout pratiqué dans les zones sahéliennes et sahariennes. Au nord de nombreux chameaux étaient élevés pour le transport du sel depuis les salines du nord vers le sud et pour le commerce transsaharien très demandeur de chameaux.

L’empire contrôlait les gisements de cuivre (Takedda dans le Niger actuel) et les placers aurifères du Bouré, du Bambouk, et de la Falémé, ce qui en fit un très grand producteur de métal précieux.

Il faut dire que, l’or, sauf dans les régions minières était très peu utilisé dans les transactions locales. Il était surtout sous le monopole des Mansa et des riches marchands Malinké ou Arabo-Berbères.

Les revenus de l’État tirés du commerce provenaient ainsi des taxes et des douanes, le commerce réel étant laissé entre les mains de commerçants privés, locaux et étrangers. Il est cependant remarquable que, malgré l’abondance d’or et d’autres métaux, le Mali n’ait jamais frappé ses propres pièces ou utilisé toute autre sorte de monnaie qu’ils pourraient contrôler.

Administration

Gouverner cet immense empire dont les chroniqueurs de Tombouctou (Mahmud Kati dans le Tarikh El Fettach) disait qu’il renfermait 400 villes, n’était pas chose aisée. Le Mali était donc un état très décentralisé, il y avait une organisation en trois paliers : d’une part, le noyau central soumis à une administration directe, avec des provinces subdivisées en cantons (les Kafou) et en villages (les dougou).

Autour du noyau central, il y avait les royaumes qui étaient gouvernés par leurs chefs traditionnels, représentant du roi, servant alors de ministre résident.

À son apogée au XIVe siècle, il y avait une douzaine de provinces ayant ce statut dans l’empire. Des dynasties pouvaient conserver leur autonomie (appliquée aux alliés et aux monarques qui n’avaient pas offert de résistance à la conquête).

Le troisième palier était constitué par les royaumes subordonnés qui n’étaient pas organiquement et constamment reliés avec le centre, mais qui reconnaissaient l’hégémonie de l’empereur et le signifiait en expédiant régulièrement des présents.

Les provinces qui étaient initialement hostiles (par exemple, le royaume Sosso) ou les régions d’importance économique clé (par exemple, Oualata), un gouverneur nommé par le Mansa devait directement les administrer. Ce dernier était chargé de la justice, de la sécurité et des taxes.

Une armée permanente fut institutionnalisée, avec de grandes garnisons stationnées dans des frontières sensibles et dans des villes importantes, notamment Oualata, Gao et Tombouctou.

La puissance militaire du Mali était indubitablement importante, Mansa Moussa lui-même affirma au cours de son voyage au Caire qu’il avait conquis « par son épée et ses armées » vingt-quatre villes avec leurs domaines environnants.

De plus, Ibn Battuta décrit le Mali comme un territoire exceptionnellement sûr, où «ni les voyageurs ni les habitants n’ont rien à craindre du voleur ou usurpateur. »

Griots

Nous avons déjà noté que les Malinké avaient une riche tradition de raconter oralement des légendes et des histoires communautaires par des conteurs spécialisés appelés griots. Ces histoires, transmises de génération en génération (et se poursuivant aujourd’hui), étaient souvent accompagnées de musique. Sous l’empire du Mali, il y avait même des chansons réservées à certaines personnes qui seules avaient le droit de les faire chanter en leur honneur, c’était surtout le cas pour les guerriers et chasseurs de renom. La musique était également une partie importante des festivals religieux lorsque des danseurs masqués se produisaient.

Bibliographie :

Wa Kamissoko, Soundiata ou la gloire du Mali, 1991, Karthala-ARSAN

Elikia M’Bokolo, Afrique noire, Histoire, tome 1, éditions Hatier, 1995

Joseph M. Cuoq, Histoire de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest des origines à la fin du XVIème siècle, 1984

Conrad, Davind C. “A Town Called Dakajalan: The Sunjata Tradition and the Question of Ancient Mali’s Capital.” Journal of African History 35 issue 3 (1994) : p355–377

Maurice Delafosse, Haut Sénégal-Niger, 1912, 3 tomes (t. 1 : Le pays, les peuples, les langues ; t. 2 : L’histoire ; t. 3 : Les civilisations), réédité chez Maisonneuve & Larose en 1972

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